‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 167 sur 281 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

ces deux langues ne pouvaient souvent se comprendre*. Le mot *Ja^, employé généralement pour désigner un parler barbare et inintelligible, s'applique spécialement à la langue de l'Abyssinie et de i'Yémen ^. Les lexicographes et les historiens arabes nous ont, du reste, conservé un grand nombre de mots et de phrases qui attestent cette différence '.

Des inductions très-fortes avaient fait penser depuis longtemps aux savants versés dans l'étude des langues sémitiques que les restes de la langue himyarite devaient être cherchés dans le ghez ou l'éthiopien; mais on ne croyait pas que la langue himyarite fût encore parlée de nos jours par plusieurs peuplades de l'Arabie méridionale. En 1887, M. Fulgence Fresnel, alors consul de France à Djedda, obtint, pour la première fois, une connaissance précise de l'idiome parlé entre le Hadramaut et l'Oman*, surtout dans le pays de Mahrah, à Mirbat et à Zhéfar^ Cet idiome, qu'il nomma ehkili (t^i^l),

* Pococke, Spécimen hist. Arabum, p. i55 et soi», (ëdit White). — De Sacy Anthol. gramm. arabe, p. 6 1 3.

* MoaUaka d'Ântara , v. a 5. — Conf. Freytag, Lex. arab. lat. s. h. v. cl de Sacy, Anthol. gramm. arabe, p. J'F.

* Aux expressions déjà connues, on peut ajonter une phrase himyarite con- Bervée par Ibn Badroun, dans son Commentaire tur le poème d'ibn Ahdoun (édit. de M. R. Dozy, Leyde, i848), p. lo, et quelques expressions recueillies par M. l'abbé Barges dans l'Histoire des Beni-Zeyan , par Mohammed ben Abdallah et-Ténaci (Journal asiatique, octobre 18/19).

* Journal asiat.jum , juillet et décembre 1 838. — Gesenius , dans VAUgem. Literatur-Zeitimg de Halle, juillet i84i, col. 369 et suiv. — Rœdiger, Zeit*chrifl fur die Kunde des Morgenlandes , t. HI, p. 988 et suiv. Le D' Krapf et M. Carter ont donné, le premier dans la ZeiUchriftfûr die Wissenschafl der Sprache de Hccfcr, t. I (i846), p. 3ii et suiv. le second dans le Journal of the Bombay Branch of the R. A. S. juin 18/17, quelques spécimens de la même langue. La physionomie barbare de l'idiome de Mahrah avait du reste été remarquée par un grand nombre d'historiens et de géographes arabes. (Conf. Rilter, Erdkunde, L XII, p. /i3-/i4.)

* 11 ne faut ps confondre, comme le fit d'abord M. Fresnel, cette ville de Zhcfar avec Zhafor près de Sana. (Cf. Act. SS. Oct. t. X, p. 675-676.)

du nom de la race noble qui le parle, lui apparut comme un dialecte sémitique , notablement différent de l'arabe et se rapprochant parfois de l'hébreu. Il se trouva également amené à y voir un reste de l'ancienne langue himyarite et à le rapprocher par conséquent de l'éthiopien.

Vers le même temps, de nombreuses inscriptions, provenant des ruines qui couvrent le sol dans la région de Mareb et de Sana \ vinrent jeter un grand jour sur l'histoire de l'Yémen. Dès le commencement de notre siècle , on connut quelques-unes de ces inscriptions par Seetzen^. Le voyage de Wellsted et Cruttenden, entrepris en i83o pour explorer les côtes de l'Arabie, en augmenta beaucoup le nombre^. En i843, l'exploration de M. Th. Jos. Arnaud, poussée jusqu'à Mareb avec un admirable dévouement, a fourni elle seule cinquante-six textes nouveaux, dont quelques-uns d'une grande étendue ^. Il résulte de la relation du courageux voyageur, que la mine à exploiter sur ce point est en quelque sorte infinie, et que l'épigraphie himyarite est destinée à devenir une des branches les plus riches et les plus intéressantes des études de l'Orient. Malheureusement les préjugés bizarres des ha-

' Les auteurs arabes en parlent fréquemment. ( Voy. de Sacy, Mém. de l'Acad. des inscr. t. L, p. 266 et suiv.)

'- Fundp-uben des Orients, II, 282 et suiv. Niebuhr eut des renseignements sur l'existence des inscriptions himyarites; mais, quoiqu'il ait dû passer fort près de plusieurs d'entre elles, il n'en aperçut aucune. [Description de VÂrabie, p. 83.)

3 J. R. Wellsted, Travels in Arabia (London, i838), a voL Journal of the R. Geogr. Society, vol. VIII, p. ^76; i838.

* Ces inscriptions ont été publiées par M. Mohl et étudiées par M. Fresnel (Journal asiatique, février-mars, avril- mai, sept.-oct. i845). M. de Wrede a trouvé depuis une nouvelle inscription dans la vallée de Doan. (Journal asiatique, novembre i845, p. 096.) On peut en voir une autre dans la Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes , t. V (i8i4), p. 2o5 et suiv. Le Journal of the Bombay Branch of the R. A. S. (octobre iSMi) contient aussi quelques textes d'un grand intérêt, dont on n'a pas tenu assez de compte jusqu'ici.

Page 1