‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 168 sur 281 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

bitants opposeront longtemps aux recherches des diflBcultés presque insurmontables, et seront peut-être plus funestes à la conservation des monuments que ne l'ont été jusqu'ici des siècles d'oubli.

Enfin deux manuscrits de la bibliothèque de Beriin ont fourni à M. Rœdiger^ des alphabets himyarites, dont la conformité avec le caractère des inscriptions n'est pas douteuse. Beaucoup d'autres manuscrits arabes et persans contiennent de ces sortes d'alphabets; mais les formes en sont si altérées, qu'il est difficile d'en tirer quelque secours^.

Grâce à toutes ces découvertes, on peut désormais parler avec certitude de la langue et de la littérature anciennes de l'Yémen. Et d'abord, il faut admettre, ce semble, que l'ehkili ou mahri nous représente, dans une certaine mesure, la langue himyarile , expulsée d'une grande partie de son domaine par l'arabe koreischite , lorsque celui-ci fut devenu inséparable de la conquête musulmane. Edrisi* avait déjà identifié la langue du Mahrah avec l'himyarite. On comprend que la région de Mahrah, regardée par les Arabes de l'Hedjaz comme tout à fait barbare, et qui, jusqu'à ces dernières années, était restée

^ Zeittchrjflfùr die Kimde des Morgerdandes , t. *, p. 33a et suiv.

• Jbid. t. V, p. a 1 1 et soiv. — Michelangelo Lanci, Su gU Omirmû e Ion forme diserivere trovate ne' eodicivaticani ; Roma, i8ao. — Fourmont et Assemani avaient pris pour des caractères himyarites certaines formules de talismans qu'on trouve en têle de quelques manuscrits arabes, par exemple du numéro 882 A de l'anden fonds de la Bibl.imp. et des numéros 727, 769 du Vatican. (Voirie catalogue publié par le card. Mai, dans la Scriptarum veterum nova Collectio, t. IV, p. 608, 616.) J'ai pu comparer ces formules dans les manuscrits de Rome et de Paris; j'en ai reconnu la parfaite identité ; mais on chercherait vainement la moindre analogie entre les caractères qui les composent et ceux des inscriptions himyarites, tels qu'ib nous sont maintenant connus. Assemani a commis une erreur plus grave encore en voulant trouver le caractère himyarite dans un alphabet secret contenu iaas le numéro agS du Vatican. (Calai, cité, p. UU^ltbo.)

* Géographie d'Edrisi, trad. Jaubert, L I, p. 1 5o.

presque fermée à l'islamisme \ ait pu conserver, mieux qu'aucun autre pays, des traces de la langue primitive de l'Arabie méridionale, depuis longtemps presque effacée dans l'Yémen. Toutefois, cette assertion ne doit pas être prise d'une manière trop absolue : M. Osiander a prouvé qu'un grand nombre de langues ont été parlées dans l'Arabie méridionale, et que le maliri n'a pas un droit exclusif aux titres de noblesse que lui a décernés M. Fresnel^.

Les essais de grammaire donné* par M. Fresnel, joints au recueil de mots et de phrases que l'on doit à M. Krapf et à M. Carter, ont mis hors de doute le caractère sémitique des idiomes du Mahrah, de Mirbat et de Zhéfar. Ces dialectes, il est vrai, semblent par moments se rapprocher du copte ^, et bien des inductions porteraient à les ranger dans la famille des langues chamitiques; mais de vagues soupçons ne sauraient évidemment balancer l'opinion des deux savants qui, seuls jusqu'ici , ont connu le mahri , ni tenir devant les faits qu'ils citent. Les plus graves anomalies que présente le mahri, au point de vue de la grammaire sémitique, s'expliquent par la corruption inséparable d'un langage qui n'a jamais été écrit. Presque toutes les particularités d'organe et de prononciation qui caractérisent le mahri se retrouvent dans le ghez, sans que l'on songe pour cela à mettre en doute le caractère sémitique de cette dernière langue. Ainsi le rôle des voyelles est, en mahri et en ghez, fort différent de ce qu'il est dans les autres dialectes sémitiques, et l'on conçoit que les langues dont nous parlons aient été amenées à se faire, pour la notation des voyelles, un

* Joum. astflt. juin i838,p. 536 » ZeiUchuft der d. m. G. (« 856) , p. 3o-39. Voir Geseaius, dans VAUgemeine Literatur-Zeitung de Halle, juillet i8/ii.

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