LIVRE IV, CHAPITRE I
système tout particulier et beaucoup plus compliqué que celui des autres idiomes de la même famille. Le mahri, comme le ghez, possède un certain nombre d'articulations qui lui sont propres, et d'où résultent, pour les mots et les formes sémitiques, des altérations qui ont beaucoup d'analogie avec celles que les peuples celtiques ont fait subir au latin. Ainsi l'articulation / devant une consonne se change en m ; vj^pour <-J^, ojl pour uà] , comme en français paume pour palme^^ sans parler d'une foule d'élisions et de chutes de consonnes.
La principale analogie du mahri avec l'éthiopien et aussi, il faut le dire , avec le copte , est l'emploi du son k au lieu du son (aux adformantes de la seconde personne du prétérit: "|, DD, p, au lieu de n, dd, jD^. Comme en éthiopien, le rapport d'adnexion s'y exprime par 7. Les seules formes du verbe que M. Fresnel ait pu reconnaître sont la deuxième et la huitième des Arabes, et une autre forme ayant pour caractéristique le Uy forme dont on trouve quelques exemples en hébreu et en syriaque, mais qui a une importance capitale en copte. Le système de la conjugaison, dans son ensemble, est sémitique, avec quelques particularités qui se rapprochent de l'amharique et du copte. La troisième personne plurielle du prétérit a laissé tomber son adformante, comme cela a lieu en mendaïte, et même en syriaque pour la prononciation. L'article a perdu complètement le latned^.
• Cette particularité se remarquerait ëgalement, selon Gesenius (i. c), en phénicien et en amharique.
• Gesenius retrouve le même fait dans le patois maltais et dans le samaritain moderne. (Conf. Gesenios, Carmina tamaritana, p. A3. — Uhlemann, IrutiL Ung. samarit. p. 38.)
' Telle est du moins l'assertion de M. Fresnel. (Journal asiatique , juin i838, p. 537.) D'autres faits, cités par M. Paul-Emile Botta (Relation d'un voyage dans l'Yémen, p. lii-iZia ; Paris, i8ùi), établiraient que l'article se prononce aum ou em, pour oui, el. Un passage de Hariri (de Sacy, Anth. gramm. arabe, p. 1 1 0) el
En général, on le voit, toutes ces analogies font rentrer le mahri dans la classe des dialectes vulgaires, tels que l'amliarique, le maltais, le samaritain, le mendaïte, qui n'ont pas été l'objet d'une culture grammaticale, et se sont altérés dans la bouche du peuple pendant de longs siècles , faute d'avoir été gardés par l'écriture ^ On peut dire que cette langue occupe à peu près, à l'égard du ghez, la place que le mendaïte occupe à l'égard du syriaque. Cependant quelques particularités, par exemple la présence du duel à toutes les personnes du verbe, l'emploi étendu du passif, formé, comme en arabe, par le simple changement des voyelles, rappellent les complications de la grammaire arabe. Un certain nombre de mots ou d'acceptions de mots possédés en commun par le mahri et l'hébreu, comme U'S'D, jamhe, qui se retrouve en phénicien 2; 33y, ai^ mer, etc. rattachent d'ailleurs le dialecte dont nous parlons aux âges anciens des langues sémitiques et semblent le rapprocher de la famille du nord*.
S ni.
Le déchiffrement des inscriptions himyarites n'est pas encore assez avancé pour qu'il soit permis d'énoncer un jugement précis sur le caractère de la langue dans laquelle elles sont écrites. Il résulte pourtant des travaux de Rœdiger^, Gesenius^
d'autres autorités citées par M. l'abbé Barges (Joum. asiat. octobre 1 869, p. 346- 3/Î7) prouvent que telle était en effet la prononciation des Himyarites.
* L'espérance de trouver des ouvrages écrits en mahri n'est pourtant pas complètement perdue. (Voy. Krapf, dans la Zeitschrift de Hœfer, t. I, p. 3 1 5.)
* Voy. ci-dessus, p. 199. — Cf. Zeitschrift de Hœfer, t. I, p. 3i 1.
' Carter, dans le Journal of the Bombay Branch of the Royal Atiatie Society juin 1867, p. 365.
» Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes (Gœltingue, 1887), p. 332 e suiv. Versuch ûber die Himjaritischen Schriftmonununte; Halle, i84i.
» AUsemeine Lttei'atur-Zeitung de Halle , juillet i8/»i, coi. 376 et suiv.