LIVRE IV, CHAPITRE I
FresneP, Ewald^, et surtout de la belle étude de M. Osiander', que cette langue, comme on devait s'y attendre, est analogue à l'éthiopien et se rapproche en certains points de l'hébreu. Pococke avait déjà remarqué, d'après les renseignements fournis par les auteurs arabes, que la langue himyarite s'éloignait moins que l'arabe proprement dit des dialectes sémitiques du Nord*. Les noms propres surtout, tels que les rétablit M. Osiander, ressemblent singulièrement aux noms hébreux ou phéniciens, et confirment l'induction qu'on était déjà porté à tirer des noms Xapiëarfk et ÈXsalos, fournis par le Périple attribué à Arrien^, ainsi que des noms fournis par Ptolémée®. L'himyarite possédait , comme l'arabe et l'éthiopien , le mécanisme des pluriels brisés ; comme l'hébreu , l'état construit : en n'y a point constaté d'une manière certaine la présence de l'article'. Le nom de Dieu y paraît sous la forme antique et monothéiste, Vx *.
La date des inscriptions himyarites semble être ie m* et le nr* siècle après Jésus-Christ. Le nom de Charibaël, qui figure dans le Périple, y est très-fréquent^; or ie Périple paraît du m' siècle^". En tout cas, on peut affirmer que le fait seul de leur existence suffit pour renverser l'opinion de M. de Sacy, qui supposait, d'après le témoignage des auteurs arabes, que l'écriture avait été introduite dans l'Yémen par les Abyssins
• Jownal asiatique, septembre-octobre i8/(5,p. igS et suiv.
• Zeitschriftfûr die Wissenschaft der Sprache de Hœfer, 1. 1, p. agS et soir. — Cf. Bunseu, Oudines, 1. 1, p. saa et suiv.
' Zeitschrift der d. m. G. (i856), p. 17 et soir.
• Spécimen hist. Arabum, p. 107.
• C. Mùller, Geogr.gr. min. t. I, p. 276, 977.
• Par exemple PaSavâ, Kapiidv (D1D ), XySafiov = -foiÂl (?)
' Voy. cependant Levy, dans ia ZeiUchn/tderd. m. G. 1807, p. 78-7^.
• Osiander, mém. cilé, p. 60 et suiv.
• Osiander, ibid. p. 3& et suiv.
•• Rcinaud, /oMn». asiat. août-septembre 1861, p. aaS et suiv.
chrétiens ^ C'est, au contraire, l'alphabet himyarite qui doit être considéré comme le prototype de l'alphabet ghez, puisque l'alphabet himyarite procède de droite à gauche , comme tous les autres alphabets sémitiques 2, et qu'on n'y trouve pas encore le mécanisme si délicat de voyelles qui caractérise l'alphabet ghez. Quoi qu'il en soit, l'alphabet himyarite est certainement celui que les historiens arabes désignent par le nom de musnad, bien que les notions qu'ils nous donnent à cet égard soient fort contradictoires , et que même le nom de musnad ait servi à désigner chez eux tous les caractères inconnus*. Il est probable, du reste, que le caractère syriaque estranghelo fut employé dans l'Yémen, conjointement avec le musnad, surtout par les Chrétiens*.
Gesenius rattache l'alphabet himyarite à la souche commune de tous les alphabets sémitiques, à l'alphabet phénicien^. L'alphabet himyarite-éthiopien présente, en effet, plusieurs
1 Mém. de VAcad. des inscr. et belles-lettres, t. L, p. 288 et suiv. L'erreur de M. de Sacy s'explique naturellement quand on songe qu'aucune inscription himyarite n'était connue à l'époque où il écrivit son mémoire. Il est remarquable, du reste, que, sans avoir vu aucun de ces monuments, l'illustre arabisant ait pu deviner l'identité de l'alphabet himyarite ou musnad avec l'alphabet ghez. {Mém. de l'Acad. des inscr. etc. t. L, p. 276 et suiv.)
* L'opinion contraire fut soutenue par M. de Sacy, et même d'abord pa» M. Fresnel. Rœdiger et Gesenius l'ont réfutée.
* Pococke, Spécimen hist. Arabum, p. 160 et suiv. (édit. White). — De Sacy dans les Mém. de VAcad. des inscr. et belles-lettres , t. L, p. a56 et suiv. — Quatremère, Rech. sur la langue et la litt. de l'Egypte, p. 370, — ^resnel, dans le Journal asiat. décembre i838,p. 554et suiv. — Gaussia '*'» ?erceval, Essai sur l'histoire des Arabes avant l'islamisme , 1. 1, p. 78, 81.
* De Sacy, op. cit. p. 266, 286, aga et suiv.
' Allgem. Literatur-Zeitung , loc. cit. et dans VEncycl. d'Ersch et Gruber, t. II, p. lia. — Cf. Journal of the Bombay Branch of the R. A. S. octobre i84i , p. 66 et suiv. — M. Dillmann [Gramm. der œth. Spr. p. 12, note) élève pourtant des Joutes graves sur la Taleur des rapprochements tentés jusqu'ici.