LIVRE IV, CHAPITRE I
traits d'analogie avec l'enseinble des alphabets sémitiques; par exemple, la présence de 1' K et du y, l'absence de voyelles isolées, sans parler de plusieurs formes de caractères tout à fait ressemblantes à celles de l'ancien phénicien'. Si l'éthiopien possède quelques lettres inconnues à toutes les autres langues sémitiques , il ne faut pas s'en étonner. Les Orientaux inventent avec une grande facilité des caractères nouveaux pour les sons qui ne leur paraissent pas suffisamment rendus par les caractères anciens : témoin l'amharique, qui a ajouté sept lettres à l'alphabet ghez pour exprimer des articulations qui lui appartiennent. Toutefois la ligne de démarcation qui existe entre le caractère himyarile-éthiopien et les autres alphabets sémitiques est si profonde, ces deux séries d'alphabets ont suivi de^ lois de développement si différentes, qu'il faut supposer que la séparation , si elle a eu lieu en effet, remonte à une haute antiquité. Peut-être la tradition du séjour des Phéniciens en Arabie et sur les bords de la mer Rouge trouverait-elle en ceci quelque confirmation.
Il faut avouer, au moins, que de singuliers rapports existent entre la position ethnographique, historique et linguistique de l'Yémen, et celle de la Phénicie. De part et d'autre c'est un désaccord apparent entre la langue et la race : c'est, avec une langue évidemment sémitique , une civilisation qui ne paraît pas purement sémitique. Ajoutons qu'on trouve chez les habitants de l'Yémen des articulations contraires à toutes les habitudes de la prononciation arabe ^, et une foule de mots dont l'origine sémitique ne se laisse pas apercevoir. Plusieurs particularités des dialectes du midi de l'Arabie se rapportent même aux dialectes
' La conjectare de Niebubr, qui rattachait le caractère himyarite aax iascn|»lions cunéiformes {Descript. de l'Arabie, p. 8&)* est maintenant abandonna. * Nicbuhr, Descript. de P Arabie, p. 78.
de la Phénicie et de l'Aramée : ainsi la forme bar pour^/s, J-xj pour maître, dans les acceptions de ^i , ^î , t-»^*-Lo ' ; l'emploi d'une terminaison emphatique o, comme en syriaque^. M. Fresnel et M. Osiander ont retrouvé dans les inscriptions rapportées par M. Arnaud le nom de la déesse phénicienne Astarté^. Si l'on se rappelle, d'un côté, que l'ethnographie hébraïque place des Couschites à côté des Joktanides, enfants de Sem, sur le sol de l'Arabie méridionale'^; de l'autre, que le Périple de la mer Rouge mentionne expressément dans l'Arabie des dialectes légèrement divers et des langues complètement distinctes^, on est assez porté à établir une division ethnographique entre l'Arabie proprement dite et l'Yémen. Le nom antique de Saba désignerait, dans cette hypothèse, la civilisation couschite de l'Arabie méridionale , qui devait former un contraste frappant avec celle des Arabes sémites et nomades. Tout ce que nous savons du caractère de la civilisation couschite^ s'accorde parfaitement avec les restes encore subsistants de celle de l'Yémen''. Les immenses ruines de Mareb, de Sana, ne
' Fresnel , JioumoZ a«mt, sept. oct. i8^5,p. 317. — La même remarque avait déjà été faite par les lexicographes arabes. (Voy. Freytag, Lex. arab. îat. au mot Jlxj. — Gesenius , Lex. man. au mot ^y2. )
* P. É. Botta, Relation d'un voyage dans l'Yémen, p. iln-ilta.
' Journal asiatique, sept. cet. 186 5, p. 199 et suiv. 296 et suiv. — Zeitschrifl der d.m. G. {i8b6), p. 62 , 65. — Cf. Ewald ,dansla Zeitschriftde Hœfer, t.I ,p. 3o/i.
* Conf Tuch, Kommentar ûber die Genesis, ch. x, v. 6-7. — Michaëlis, Spicil. geogr. Hebr. exterœ,L I, p. 1/1 3 et suiv.
* Atd^opoL êè èv awT^ éQvv xatoixeîtar ^lvà (xèv ètii tsoaov, Tivà Se xaî reXeîus ■rij y^ÛGGi) StaXXdaaovta. (P. 278, édit. Millier.) — Comp. le passage arabe rap porté par M. Osiander, mém. cité, p. 30-3 1.
* Voir sur ce sujet les conjectures parfois bien hardies, mais toujours ingénieuses et savantes de M. le baron d'Eckstein, dans V Athenœum français , 22 avril, 37 mai i854 ; le Jowm. asiat. aoiit-sept. et déc. i855, et la Revue archéologique, i5 octobre 1807.
' Osiander, mém. cité, p. 18 et suiv.