‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 172 sur 281 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

répondent guère aux mœurs des Sémites. Le Sémite est peu constructeur; a^ssi ces vastes monuments n'offrent-ils aucun sens aux yeux de la population arabe qui habite maintenant parmi leurs débris, et lui apparaissent-ils comme l'œuvre de ia race gigantesque et impie des Adites. Il est probable que sous ce nom, devenu mythique, se cache le souvenir de l'ancienne civilisation couschite. M. Gaussin de Perceval admet l'identité des Sabéens couschites et des Adites^. L'ehkili est aux yeux des indigènes l'ancienne langue d'Ad et de Thamoud : or M. Fresnel admet comme incontestable que l'ehkili et ia langue du Mahrah sont un reste de la langue de Cousch ^.

M. Lassen a montré de singulières analogies entre la constitution du royaume sabéen et celle des Nârikas (non ariens) du Malabar'; il regarde comme vraisemblable qu'une émigration du Malabar a formé un des éléments de la population de l'Yémen, et y a porté le régime des castes, complètement inconnu à l'Arabie proprement dite. Les Somaulis de la côte voisine d'Afrique présentent la même organisation accompagnée de traits particuliers de ressemblance avec l'Inde*. Une île qui joue dans l'océan Indien un rôle fort analogue à celui de Malte dans la Méditerranée, l'île de Socotora [Diba Sukhatara, pâli; Dioscoridis^), tour à tour phénicienne , grecque , syrienne , arabe, nous apparaît, dans la haute antiquité, comme tout indienne®. L'Yémen et la côte de Malabar sont, grâce aux phénomènes des

' Estai sur l'histoire des Arabes avant V islamisme , t. I, p. 45, 46.

* Journal asiatique , yiva i838, p. 5ii, 533, et juillet i853,p. 6o-43.

* Indische Alterthumshuntle , Il ^ 58o-58i.

* Burton, First footsteps in East AJrica (London, i856),p. 33-34, noie.

^ Peut-être le nom grecisé de Vinsula Diodori (Perim) renferme-l-il aussi le mot indien dîba , île.

' Lassen, ibid. — A. de Humboldt, Cosmos, II, p. 1 6 1, 35a. — Act. 55. Oct. l. X, p. 675. — M. Hœfer, d'après Tsiamen du vocabulaire de Socotora, fourni

moussons, deux côtes presque voisines. Les étymologies sanscrites que M. de Bohlen a voulu attribuer aux noms couschites n'ont sans doute aucun fondement; il résulte cependant des recherches de ce savant, confirmant celles de Heeren, et confirmées à leur tour par celles de M. Lassen , que de très-anciens rapports ont dû exister entre l'Arabie et l'Inde ^ En admettant l'hypothèse de M. le baron d'Eckstein, qui voit des Couschites dans les Soudras ou race brune de l'Inde {Kaucikas), ces rapports s'expliqueraient d'eux-mêmes par les races couschites des deux pays, races qui, dans la haute antiquité, paraissent seules avoir été commerçantes , et adonnées à la navigation. M. Weber, tout en repoussant l'identité des Couschites et des Kaucikas, admet une population commune à l'Inde et à l'Arabie, et fonde même son opinion sur des arguments philologiques : ;tT[\=^ ^, y|^, Neypar, Negra^. M. Arnaud n'hésite pas à attribuer une origine indienne aux Akhdam, qui sont en quelque sorte les Bohémiens de l'Arabie méridionale'', et, bien qu'il soit difficile d'admettre avec ce courageux voyageur que les Akhdam nous représentent l'ensemble de l'ancienne population himyarite, on est fort tenté d'y voir une caste de cette population, qui aura conservé, à travers les révolutions du pays, sa manière de vivre et l'exercice exclusif de certaines professions.

Enfin les mœurs anciennes de l'Yémen n'ont rien de com-

par Wellsted, rattache la langue actuelle de cette île au phénicien (Univ.pitt. Iles de r Afrique, p. 167); mais la plupart des mots qu'il cite s'expliquent aussi bien par l'arabe ou le syriaque.

' De Bohlen, Die Genesis (Kœnigsberg, i835), p. 128, ia5, i4o, /192 cl suiv. — Le même , Dos alte Indien , 1 , 4 2 et suiv. — Lassen , IndiscJw Aîterlhumskunde, II, 58o et suiv.

* Cf. d'Eckstein, Question» relat. aux ant. des peupî. sén. p. 09

• Journal asiat. avril i85o, p. 876 et suiv.

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