LIVRE IV, CHAPITRE
mun avec celles des Sémites. Le code des lois homéntes, rédigé par Grégenlius , évêque de Zhafar, nous présente des mœurs plus africaines qu'arabes, une grande perversion des rapports sexuels, une pénalité barbare et compliquée, des crimes et des prescriptions inconnus aux Sémites. La circoncision, que l'on trouve dès la plus haute antiquité établie dans l'Yémen , divers autres usages païens qui s'y conservent encore de nos jours, paraissent d'origine couschite *. Lokman , le représentant mythique de la sagesse adite, rappelle Esope, dont le nom a semblé à M.Welcker décelerune origine éthiopienne( Aîo-wrro?, A<W&\|/)^. Dans l'Inde aussi la littérature des contes et des apologues paraît provenir des Soudras. Peut-être ce mode de fiction , caractérisé par le rôle qu'y joue l'animal', nous représente-t-il un genre de littérature propre aux Couschites.
Ici se manifeste une contradiction dont nous ne pensons pas qu'il soit encore donné à la science de pénétrer le secret. D'un côté le linguiste, en voyant tous les pays désignés comme couschites , la Babylonie , l'Yémen , et surtout le pays de Gousch par excellence, l'Abyssinie, parler des dialectes sémitiques fort analogues entre eux et constituant dans la famille une classe à part, serait porté à faire des Couschites une subdivision fortement accusée dans le groupe sémitique. Le témoignage de
' Knobel, Die Vôlkerlafel der Genetù, p. 254 et suiv.
* Welcker, Kleine Schriften , II , p. a5o et suiv. — A. Wagener, Essai sur les rap' ports entre les apologues de l'Inde et ceux de la Grèce, p. 4i et suiv. (Extrait des Mém. de l'Acad. de Belgique, sav. étrangers , t. XXV. ) — D'Hcrbelot avait déjà émij des conjectures analogues à celles de M. ^Velcker. {Biblioth. orient, art. Lokman.) ■ — Quant au nom de Lokman, M. Derenbourg a ingénieusement démontré qu'il vient de celui de Balaam {Fables de Loqnum le Sage; Berlin , 1 85o , Inlroduclion. ) Inutile d'ajouter que les apologues que nous possédons sous le nom de Lokman sont très-modernes.
^ Le culte et la préoccupation constante de l'animal sont on des traits les dus frappants des races couachilcs et africaines.
l'ethnographe hébreu (Gen. x, 6), qui rattache Cousch h la race de Cham, ne saurait être invoqué contre cette opinion, puisque Chanaan, qui est notoirement sémitique, est pareillement rattaché à Cham, et que, d'ailleurs, le mot de Cousch paraît n'avoir, dans le tableau du dixième chapitre de la Genèse, qu'un sens purement géographique' : il suffirait de supposer dans la famille sémitique une scission profonde et anté-historique, par suite de laquelle les deux branches auraient perdu le sentiment de leur unité. D'un autre côté , l'ethnographie et l'histoire porteraient à séparer profondément les Gouschites des Sémites. La métropole de Gousch paraît avoir été bien plutôt l'Abyssinie que l'Yémen , à tel point que des exégètes de premier ordre, tels que Gesenius^, ont nié qu'on dût chercher des Gouschites ailleurs qu'en Afrique. Gousch est présenté par Jérémie (xiii, 28) comme un pays de noirs, et sans cesse mis en rapport avec l'Egypte [Is. xx, 3-5; xxxvii, 9). La civilisation couschite se rattache d'ailleurs , par son caractère général , à celle de l'Egypte, et il est probable qu'une exploration plus complète des langues de l'Abyssinie et de l'Arabie méridionale fera apparaître des liens secrets entre les membres épars de cette grande famille, qui, étouffée en Asie par les peuples ariens et sémitiques, n'est arrivée qu'en Afrique à son plein développement. Dans cette hypothèse , ce serait par des émigrations, relativement modernes, que la racejoktanide (sémite) se serait superposée, en Arabie et en Afrique, à la race couschite, et nous aurions, par l'himyarite et le mahri, non des langues couschites, mais des langues sémitiques altérées par une influence couschite. Il est difficile assurément de démêler un réseau de complications aussi anciennes; les analogies des
* Tuch, Kommentar ûber die Genesis, p. aad<
• Thésaurus, &u mol ^* ^2.