‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 174 sur 281 · LIVRE IV. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE I

Couschites avçc les Sémites d'une part, et avec les. Cbamites de l'autre , fourniront toujours un semblant de preuves à ceux qui veulent, comme M. Lepsius^ chercher de ce côté le lien des différents groupes, qu'une ethnographie plus sévère croit encore devoir tenir pour distincts.

Ce fut l'islamisme qui porta lelioup mortel à la langue et à la civilisation himyarites. L'arabe des Koreischites, consacré par le Coran, absorba rapidement autour de lui les dialectes de l'Arabie, puis les autres idiomes sémitiques. Néanmoins, comme l'a fait observer M. FresneP, cette conquête fut loin d'être absolue, et nulle part peut-être l'envahissement de la langue et de la religion koreischites ne trouvèrent plus d'opposition que dans l'Arabie elle-même. Plusieurs tribus indépendantes ne furent jamais soumises que nominalement, et n'embrassèrent l'islamisme que d'une manière dérisoire. De nos jours, une grande partie de la population de l'Arabie ne comprend pas la langue à laquelle on donne exclusivement ié nom d'arabe, et ce n'est que tout récemment , par suite de l'invasion du wahhabisme , que les habitants de certains cantons sont devenus musulmans. Un passage du Mouzhir, de Sovoutbi^ prouve que la langue himyarite se pariait encore dans l'Yémen au XIV* siècle.

Longtemps avant la découverte de la langue et des inscriptions himyarites, on avait remarqué que le ghez, ou langue savante de l'Abyssinie , est un reste vivant de l'antique langue

' Zwei sprachvergleichende Abhandluiigen , p. 78 , -So. M. Lepsiusa, d'aillears, beaucoup insisté sur le caractère original de la langue et de la civilisation éthiopiennes. ( Bnefe au$ jEgypten , /EUtiopien , etc. p. 2 1 8 et suiv. 2 7 6 ; Berlin , J 8 5 2 . )

* Jounïal <uia(. juin i838, p. 536.

. ' Ibid. oct. 18/19, P- 3io (art de M. Barges).

ai*

m HISTOIRE DES LANGUES SEMITIQUES.

de i'Yémen. L'Abyssinie, en effet, au point de vue de la linguistique et de l'ethnographie, est inséparable de l'Arabie méridionale. Les monuments de la civilisation éthiopienne qui se voient encore a Axum offrent la plus grande analogie avec les débris de la civilisation homérite qui se voient à Mareb. Les géographes grecs et les médailles accouplent sans cesse l'Abyssinie et I'Yémen , et présentent invariablement les A^ao-»?voi comme une population arabe ou sabéenne^ Les voyageurs modernes sont unanimes aussi pour reconnaître le type arabe de celles des populations abyssiniennes qui ne se rattachent pas à la source africaine^.

L'époque du passage des Sémites d'Arabie en Abyssinie est beaucoup plus difficile à établir que le fait même de leur émigration. Ludolf faisait remonter cet événement au temps de Josué. M. de Sacy concluait de la tradition de la reine de Saba, revendiquée également par les Himyarites et les Abyssins, que l'émigration n'avait pu avoir lieu qu'après Salomon. On est surpris qu'un argument aussi faible ait pu faire impression sur un savant tel que M. de Sacy. En effet, la légende de la reine de Saba, comme tous les autres récits bibliques, doit sa popularité dans l'Abyssinie et I'Yémen aux Juifs, et non à de prétendus souvenirs nationaux. L'histoire de l'Abyssinie ne remonte avec quelque certitude qu'à la première moitié du iv* siècle de notre ère, c'est-à-dire, à l'époque oh le christianisme y pénétra^. Dès ce moment, l'Abyssinie nous apparaît comme plus

' Ludolf, Htstoria œthiopica, 1. 1, c. i, n° 5 et suiv. et Commentarius in Ilist. lelh. p. 57, 302 et suiv. — Adclung, Milhridate, t. I, p. /io2-io3. — De Sacy, il/e'm. de l'Acad. des insa: et belles-lettres , t. L, p. 378 et suiv. — Gcsenius, dons VEncycl. d'Ersch et Gruber, art. /Ethiop. Sprache, etc. l. II, p. 111.

* Rillcr, Gcogr.do l'Afr. 1. 1, p. 298 (Irad. française).

' Ludolf, Htst. œlhiop. 1. III, c. 11, et Comment, in Htst. œth. ad h. I. — Dillmann, Zeitschrjft dcr deulsvlum morgenlœndischen Gcscllscbajl {i853), t. VII,

Page 1