‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 175 sur 281 · LIVRE IV, CHAPITRE l · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE l

avancée dans le christianisme et mieux organisée que l'Ycmen. En 5q5 , le nedjaschi i^negus ou roi) d'Abyssinie envahit l'Yémen avec le secours des Grecs. Pendant cinquante ans, les Abyssins occupèrent ce pays et essayèrent vainement d'y introduire le christianisme ^ Dans l'inscription grecque d'A.vum^,le roiAïzanas (vers l'an 36o après J. G.) s'intitule roi des Homériles, des Reidan^, des Ethiopiens, des Sabéens, etc. Dans les deux inscriptions éthiopiennes rapportées par Rûppell , le roi Tazéna (v* siècle) se donne exactement les mêmes titres*. Tous ces faits, évidemment postérieurs à l'entrée en Abyssinie de la race parlant ghez, obligeraient de reporter l'émigration au commencement de l'ère chrétienne; mais les longues listes de rois antérieurs à cette époque, listes qui sont, du reste, en partie fabuleuses, ne laissent aucune place pour un changement de race ou de dynastie, bien que depuis l'ère chrétienne les noms propres empruntés à l'Arabie méridionale y deviennent plus nombreux^. Pline, sur l'autorité de Juba, place déjà des Arabes en Ethiopie^. Il est donc probable que le passage de la race sémitique sur le sol africain se fit par une infiltration lente depuis une haute antiquité, et non par une soudaine invasion. De là à l'hypothèse de Sait, adoptée par M. G. Ritler',

p. 345. — Letronne, Matériaux pottr Vhiêtoire du chrislianùme en Egypte, en Nubie et en Abyssinie; Paris, i83a.

» Caussin de Perceval, Essai sur Vhist. des Arabes avant l'islam. L I, p. t3l et suiv. — Jobannsen, Historia Jeinanœ, p. 89 et suiv. Bonn, i8a8.

* Franz , apud B<Bckb , Corpus inscr. grœc. L III, p. 5 1 5 et saiv.

' Habitants du canton de Réda, près de Sana, selon M. Arnaud. (Jour, asiat. avril i85o, p. 38 1.) — Cf. Osiander, mém. cité, p. ai, 33 et suiv. Gg et suiv.

* Dillmann , ZeiUckri/t der d. m. G. t. VII, p. 356. — Osiander, p. 69.

* Dillmann, ibid. p. 34o, 35a.

* ffùt. nat. I. VI, c mil, n* a.

' Sait, A Voyage to Abyssinia (181/1), p.A5 8. — Ri lier, Gco^r. de V Afrique, L I, p. a83 , 3o3-3o4 (trad. franc.).

hypothèse d'après laquelle la race sémitique serait la ra<;e primitive de l'Abyssinie , il n'y a qu'une nuance : il faut même reconnaître que la civilisation de l'Abyssinie a toujours eu un degré de supériorité sur celle de l'Yémen, et que le premier de ces deux pays réclama une sorte de suzeraineté sur l'autre, jusqu'au temps de Mahomet.

L'étude de la langue éthiopienne ou ghez^ coi^firrae, de la manière la plus décisive , l'affinité des Abyssins et des Himyarites. On ne peut douter que, détachés en même temps de la souche primitive des langues sémitiques, l'arabe et le ghez •n'aient suivi quelque temps une voie commune, et ne se soient séparés dès une haute antiquité 2. Le ghez possède plusieurs des particularités qui distinguent l'arabe de toutes les autres langues de la même famille : les pluriels brisés, certaines formes du verbe, le germe du mécanisme des cas et des voyelles finales. Par sa physionomie extérieure, cependant, le ghez semble plutôt se rapprocher de l'hébreu. Il renferme •un assez grand nombre de racines qui, appartenant également à l'hébreu et à l'araméen , ne figurent pas dans le vocabulaire arabe. Enfin plusieurs caractères importants lui assignent, dans le sein de la famille sémitique, une individualité distincte. Les formes du verbe s'y présentent avec un riche développement et une organisation savante. Les particules y offrent aussi des délicatesses inconnues aux autres idiomes de la famille :

* Ce nom /O fi signifie à la fois libre et émigré. Le premier sens parait préférable; les Siamois indépendants donnent à leur langue un nom analogue (^Thaï, libre). Les Abyssins s'appellent eux-mêmes n // H^ i = Agazyân, ou /v I t'o^fl/ ^ / ^^^ hyopyawyân, par imitation du nom grec Aidioites. (Conf. Ludolf, Hist. œlh. 1. I, c. i.)

* Dillmann, Grammatik der œthiop. Sprache (Leipzig, 1857), Einkit, — E. Schrader, De îing. œth. cum cognatis comparatœ indole univerta (Gœttingue, 1860).

Page 1