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LIVRE IV, CHAPITRE I

aucune langue sémitique ne se rapproche autant, sous ce rapport, du génie des langues indo-européennes. Tout cela rattache le ghez à un état fort ancien des langues sémitiques , quoiqu'il présente aussi hien des traits qui le rapprochent de l'hébreu moderne et de l'araméen, tels que les formes abstraites, les concrétions extérieures. les tours développés : il semble que le ghez ait subi les révolutions des autres idiomes sémitiques , mais sans perdre pour cela ses anciens procédés. La prononciation seule s'écarte des analogies sémitiques; quelques lettres, comme '^, ^, A», K, et les voyelles du sixième ordre, sont fort dures et presque impossibles à prononcer pour tout autre qu'un Abyssin ^ Nous avons trouvé la même contradiction dans le mahri ; on dirait de part et d'autre une langue sémitique articulée par un organe non sémitique.

L'alphabet ghez a longtemps embarrassé les savants et a donné lieu aux hypothèses les plus diverses. Cet alphabet diffère de tous les autres alphabets sémitiques par le nombre, l'ordre, la valeur, le nom et la forme des lettres, par la direction de l'écriture de gauche à droite, et surtout par le mode de notation des voyelles. Chaque consonne renferme virtuellement un a bref, comme en sanscrit; les autres voyelles ne s'expriment ni par des quiescentes, ni par des points, mais par des appendices qui s'attachent à chaque consonne et en modifient quelquefois la forme, d'où il résulte que c'est moins un alphabet qu'un syllabaire de deux cent deux signes, représentant chacun une syllabe ouverte, comme ha, ho, etc. Ludolf crut trouver des ressemblances entre cet alphabet et celui des Samaritains \ M. de Sacy essaya de démontrer que l'alphabet éthiopien dé-

» Ludolf, HUt. œth. 1. I, c. XT, n" 87; Gramm. œiJi. 1. I, n» 6. — Schrader, op. cit. epilogus.

* Hùt. œth. 1. IV. c I.

rivait de l'alphabet des Grecs, ou plutôt de celui des Coptes ^ W. Jones 2 et M. Lepsius' voulurent le tirer du dévanâgari, et il faut avouer que le système des voyelles offre dans ces deux alphabets beaucoup de ressemblance. — La découverte des inscriptions himyarites de l'Yémen a enfin résolu le problème. On ne peut plus douter aujourd'hui que l'alphabet éthiopien ne soit identique avec l'ancien alphabet himyarite oumusnad'^. Ce dernier alphabet se retrouve sur les monuments d'Axum ^ comme sur ceux de Mareb, et il offre d'ailleurs la plus parfaite similitude avec l'alphabet ghez, sauf en ce qui concerne la direction de l'écriture et le système des voyelles; mais le premier de ces deux points a peu d'importance en paléographie, puisque les alphabets, à une haute antiquité, procédaient presque indifféremment dans l'un ou l'autre sens. Quant au système de voyelles employé par les Abyssins, il semble d'invention assez moderne. M. Weber croit y découvrir une nifluence de l'Inde *^; mais M. Dillmann le croit sorti du génie même de l'Ethiopie ''. L'alphabet himyarite employait le mécanisme des quiescentes comme les autres langues sémitiques, mais avec beaucoup de parcimonie ^

^t Ainsi l'alphabet ghez, en apparence si rebelle à toute classification, rentre dans la série des alphabets sémitiques, si, comme on est porté à le croire, le caractère himyarite n'est

* Mém. de l'Acad. des viser, et belles-lettre», t. L, p. 38a. Ce fut aussi d'abord l'opinion de Gesenius (Hebr. llandwortei'buch , Voir. p. xxxv).

* Asiatic Researches, t. III, p. h.

* Zwei sprahvei'gleichende Abhandlungen , T^. 'jh et suiv. Berlin, i836.

* Iladji-Khalfa l'avait entrevu (t. III, p. lâg, édit. Fluegel).

' Voir, sur les deux inscriptions trouvées par Riippell , le travail de M. Rœdiger, dans VAUgemeine Literutur-Zeitung de Halle, juin iSSg, 0" 105-107.

* Indische Skizzen , p. iltS.

' Gramm. der œth. Spr. p. 1 8 et suiv. Zi33 et suiv,

* Osiander, ZeiUchri/t der d. m. G. (i856), p. 35-3C

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