‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 177 sur 281 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

lui-hicme qu'une variante très-ancienne du phénicien. Les ressemblances que l'on a cru rencontrer entre l'alphabet ghez, d'une part, et l'alphabet samarilain, ou même l'alphabet grec, de l'autre, se trouvent par là expliquées, puisque ces deux alphabets sont eux-mêmes des formes du phénicien ^. Cette vérité peut être d'un grand secours pour l'histoire de l'écriture. En la supposant démontrée, nous aurions dans l'alphabet ghez, ou plutôt himyarite, une forme détachée de la souche des alphabets sémitiques, à l'époque la plus ancienne de leur formation ^. Quant aux analogies du système dévanagari et du système éthiopien', elles s'expliquent d'elles-mêmes, si l'on admet l'hypothèse de M. Webersur l'origine sémitique de l'alphabet indien. L'alphabet éthiopien aurait été l'un des produits transportés en Orient parle commerce de la merd'Oman , comme l'alphabet phénicien le fut en Occident par le commerce de la Méditerranée. L'écriture et la langue ghez apparaissent ainsi comme des restes d'un vieux monde disparu, de l'antique civilisation couschite, représentée dans les souvenirs des Hébreux par les noms à demi fabuleux de Saba, de Havila et d'Ophir.

Il est certain du moins , contrairement à l'opinion de M. de Sacy, que l'écriture fut connue en Abyssinie avant l'introduction du christianisme et même des lettres grecques en ce pays*.

' Gesenius, dans VEncycl. d'Ersch et Grul)er, t. II, p. lia; le même, Monumenta phœnida, p. 8i-85. — Kopp, Bilder und Schriften der Vorzeit, H, SS Saa el suiv. — Hupfeld, Exercitationes œthiopicœ (Lips. tSaS), p. i-4.

* Sur rantiquité de Tordre actuel et du nom des lettres éthiopiennes, voir Dillmann, Grammatik , etc. p. i3 el suiv.

* Weber, IndUche Skizzen, p. i65 et suiv.

* Socrale {HUt. ecclet. l. I, c. xn) rapporte que Frumenlius, Tapôlre de l'Abyssinie, fut établi gardien des archives royales. M. de Sacy a révoqué en doute

La seconde partie de l'inscription grecque d'Adulis, qui relate les hauts faits d'un roi d'Axum du ii* siècle de l'ère chétienne \ et qui est conçue dans le style de la mythologie hellénique ('cspos

rhv yiéyKTlov B-sov [xou Aptjv , os (le xa) èyévvr)crs t&î A*<

xai. TÔ) Apet xai tûj Hoo-sf^iyr/); l'inscription grecque trouvée à Axum par Sait, et dans laquelle le roi Aïzanas, s'appelle également vios B-eov àvixtjTov Apeus ^, sont la preuve de l'importance que la langue et les modes grecques avaient prise en Ethiopie, même avant la domination romaine^. Le roi Zoskales, qui régnait à Axum à l'époque où écrivait l'auteur du Périple de la mer Rouge, est qualifié ypa(X[jidTcov élXtjvixuv sfXTTsipos '^. Selon Kircher ^ et M. de Sacy *", i'alphahet syriaque aurait été également employé en Abyssinie ; mais Ludolf a réfuté sur ce point l'opinion de Kircher : en effet , la chrétienté d' Abyssinie relève tout entière du patriarcat d'Alexandrie, et non de l'apostolat des Syriens.

Quant aux deux inscriptions d'Axum écrites en caractères éthiopiens "', elles ne remontent pas au delà de la fin du v* siècle,

cette circonstance ; mais il n'y a rien d'invraisemblable à ce qu'un Grec instruit ait été choisi pour présider à des écritures qui probablement étaient tenues en grec.

' Franz, apud Bœckh, Corpu» Inscr. grœc. t. III, p. 5i2 et suiv. ■ * Id. ibid. t. III, p. 5i5 et suiv. Sur le même titre, dans l'inscription de Silco, voy. Letronne, Joum. des Sav. fév. i8q5, p. loo et suiv.

' Letronne, Journal de$ Sav. mai, 1826; le même, Mém. de l'Acad. de» imcr, et belles-lettres, t. IX, p. 128 et suiv. et Matériaux pour Vhist. du christianisme en Egypte, en Nubie et en Abyssinie, p. 44-52. — Droysen, Geschichte des Hellenismus (Hambourg, i843) , t. II , p. ^44 et suiv. — Ritter, Géogr. de l'Afr. (trad. française), 1. 1, p. 262 et suiv. 3o3 et suiv.

• Cf. Mûller, Geogr. gr. min. t. I, p. xcvii; Reinaud, dans le Journal otiaL août-sept. 1861, p. 280.

• Prodromus lingute copt. c. m, p. 46 et suiv.

• Mém. de l'Acad. des Inscr. et belles-lettres, t. L, p. a84.

' Sur les autres inscriptions de moindre étendue, voir Dillmann , Gramm. der 0th. Spr. p. 7. M> Lepsius a également trouvé une inscription en caractères ghez

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