LIVRE IV, CHAPITRE I
hébreux. De toutes les littératures chrétiennes, la littérature éthiopienne est peut-être celle qui s'en est tenue de plus près à l'imitation de la Bible. Au xvi*et au xvii* siècle, la culture éthiopienne déchoit rapidement , par suite des invasions des Gallas et des musulmans, et aussi par l'effet de l'inlBuence des Jésuites, qui réussirent à cette époque à s'introduire en Abyssinie. Attirant à eux toute l'instruction et hostiles à l'enseignement indigène, ils laissèrent le pays, quand ils le quittèrent, dans une profonde barbarie , dont il n'est pas sorti jusqu'à nos jours.
La littérature éthiopienne , telle qu'elle nous est connue , se compose d'environ deux cents ouvrages , presque tous traduits du grec ou de l'arabe. Dans l'état actuel des études, il est impossible d'établir une chronologie rigoureuse entie ces monuments divers, et de déterminer le caractère de leur stylé. Il ne semble pas, du reste, qu'entre les plus anciens et les derniers monuments de la littérature ghez il y ait, sous le rapport de la langue , une différence notable ^ Le mélange de mots arabes est presque le seul indice d'une composition plus moderne. Le ghez devint de bonne heure une langue de livres [i^ài^^rhÇ.) , assez éloignée du langage vulgaire, et modelée sur les auteurs anciens. A partir du xiv* siècle , d'ailleurs , le ghez cessa à peu près d'être parlé. Cette langue était le dialecte propre du pays de Tigré , qui fut , durant le moyen âge , le centre de la civilisation en Abyssinie, et dont le roi était à Axum; mais vers i3oo la famille Zagéenne, dynastie axumite, fut remplacée par une autre qui résidait à Séwa, où l'on parlait l'amharique. Dès lors cette dernière langue devint celle de la cour [^ài 'VhP^-, langue du roi)^ et étouffa peu à peu l'ancien idiome. Le ghez
' Les variations relevées par Dilimann ( GreoRtn. der tethiop. Spr<iek«, p. 8-^ sont d'une importance secondaire. '*" -•*'•••'■«•• «^
m HISTOIRE DES LANGUES SEMITIQUES.
resta langue savante et sacrée ; les actes officiels de la cour, et même, dit-on, les correspondances privées, qui sont presque toutes composées par un écrivain public résidant dans chaque ville ou village, sont également rédigés en ghcz avec un grand mélange de mots amhariques ^ L'arabe, de son côté, a beaucoup gagné en Abyssinie dans ces derniers siècles; il est devenu la langue du commerce et des relations extérieures, et, en général, quand une pièce oflicielle est écrite en gbez, on se croit obligé d'en donner parallèlement la traduction arabe ^.
A côté du gbez, qui nous représente la forme classique de l'idiome des Sémites en Abyssinie, se rangent plusieurs dialectes également sémitiques, mais tous plus ou moins altérés, soit parle mélange des mots étrangers, soit par le manque de culture littéraire. En premier lieu, il faut nommer l'aniharique, qui a remplacé le gbez, s'est créé quelque littérature, et est devenu, en Abyssinie, comme une seconde langue commune, avec laquelle on peut voyager dans presque tout le pays. L'aniharique offre, pour le fond du dictionnaire et de la grammaire, des affinités incontestables avec le ghez^, mais aussi des particularités qui s'écartent beaucoup de l'esprit des langues sémi-
• Il parait même que le ghez est encore presque vulgaire dans certaines prcvinccs. (Voy. d'Abbadie,/oH»-nfli asiat. juillet-août i8/»3, p. io3. — Ludoif, Hist. œtliiop. 1. 1,c. XV. — Adehmg, Mithr. l. I, p. ^07.)
^ On a même des spécimens d'arabe et de copie écrits en caractères éthiopiens. (Ludoif, loc. cit. et Gramm. œthtop. p. /i-5, i"cdit.)
' Voirla grammaire et le dictionnaire de celte langue publiés par Ludoif ( Francfort, 1698), et les travaux plus récents du missionnaire Isenbcrg (DtcttoHa»-»/ oj ilu; aniharic lanirua[re, Londres, i84i ; Grammar oJ ihe amharic language, Londres, i843.) — M. Blumhardt avait annoncé une grammaire et un vocabuljiire amliariques ; je ne sais s'ils ont paru. — Voir aussi Gcsenius , dans YEncycl. d'Ei"scb et Gruber, art. Amharische Sprache.