CHAPITRE IL
braxcne ismaelite od haaddique.
{arabe.)
L'Arabie centrale , la vraie Arabie , n*a point encore figuré jusqu'ici dans l'histoire de l'Orient; et pourtant c'est là que se maintient, avec la vie nomade, la vraie originalité de la race sémitique. Au vi' siècle de notre ère, un monde infini d'activité, de poésie, de raffinement intellectuel, se révèle dans un pays qui n'avait donné jusque-là presque aucun signe de son existence. Sans antécédents ni préparation, on rencontre tout à coup l'admirable cycle des MoaUakât et du Kttâh eï-Agâni; une poésie barbare pour le fond , et pour la forme d'une extrême délicatesse; une langue qui, dès son début, surpasse les finesses des idiomes les plus cultivés; des subtilités de critique littéraire et de rhétorique comme on en trouve aux époques les plus fatiguées de réflexion *. Et quand on voit ce singulier mouvement aboutir, en un siècle , à une religion nouvelle , à la conquête de la moitié du monde , puis , de nouvv3au , à l'oubli, n'est-on pas en droit de dire que l'Arabie est, de tous les pays, celui qui contrarie le plus toutes les lois qu'on
^ Voir des exemples dans YEsmî tur l'hittoire des Arabet avant Vùlamitme, de II. Caussin de Porceval, II, 609 et solv.
pourrait être tenté d'assigner au développement de Tesprit humain?
Parmi les phénomènes que présente cette apparition inattendue d'une conscience nouvelle dans l'humanité, le plus étrange et le plus inexplicable est peut-être la langue arabe elle-même. Cette langue, auparavant inconnue, se montre à nous soudainement dans toute sa perfection , avec sa flexibilité, sa richesse infinie, tellement complète, en un mot, que depuis ce temps jusqu'à nos jours elle n'a subi aucune modification importante. Il n'y a pour elle ni enfance , ni vieillesse ; une fois qu'on a signalé son apparition et ses prodigieuses conquêtes, tout est dit sur son compte. Je ne sais si l'on trouverait un autre exemple d'un idiome entrant dans le monde, comme celui-ci , sans état archaïque , sans degrés intermédiaires ni tâtonnements.
Que dès la plus haute antiquité la langue arabe ait été en possession de son individualité, et ait constitué une branche distincte dans la série des langues sémitiques , c'est ce que la seule inspection de cette langue, à défaut de témoignages positifs, suffirait pour prouver. L'arabe, en efl'et , possède des procédés qui lui sont tout à fait propres , et dont on ne rencontre pas le germe dans les autres langages sémitiques : tel est le mécanisme si remarquable des pltirieh brisés, qui ne se retrouve que dans l'éthiopien ; telles sont les flexions casuelles , sans parler d'une série de formes verbales dont on chercherait en vain la trace dans l'hébreu et l'araméen. Tout cela suppose que l'arabe s'est séparé du tronc commun de la famille à une époque oii celle-ci possédait encore ses vertus organiques. Une particularité beaucoup moins essentielle, il est vrai, mais pourtant digne de considération, la présence du lam dans l'article al, se retrouve, dès une époque fort ancienne , comme signe caractéristique des dia-