‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 186 sur 281 · LIVRE IV, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IL

centrales de la nation , s'approprièrent les finesses des dialectes qu'ils entendaient parler autour d'eux; en sorte que toutes les élégances de la langue arabe se trouvèrent réunies dans leur idiome. Les Koreischiles, d'ailleurs, avaient, de temps immémorial, la réputation d'être ceux des Arabes qui parlaient le mieux (s^^' ê^O' ^^^^ prononciation était la plus pure et la plus dégagée de provincialismes. Ils étaient, par leur position au cœur de l'Arabie, à l'abri des influences extérieures de la Perse, de la Syrie» des Grecs, des Coptes, des Abyssins. Or, dans la pensée des Arabes, l'isolement est la meilleure garantie de la pureté d'un idiome , l'altération de la langue se présentant toujours à eux comme un résultat du commerce avec les barbares ^ Cette opinion de la préceUence du langage des Ko^ reischites est tellement enracinée cbez les grammairiens arabes, qu'ils n'ont pas hésité à établir, comme critérium de la noblesse ou de la corruption d'un dialecte, la plus ou moins grande distance qui sépare la tribu qui le parle du pays des Koreischiles. Ils reconnaissent cependant que quelques autres tribus voisines des Kordschites , telles que celles d'Asad, de Hodheil, de Temim, de Kénana, furent également admises à faire autorité dans l'œuvre constitutive de la langue classique; mais ils excluent formellement de ce travail les tribus éloignées, celles du Bahrein, de l'Yémen, de Hira et de Ghassan, dont le langage avait été altéré par le contact avec les peuples étrangers.

En écartant ce qu'il y a dans ce système d'idées artificielles et conçues à priori, il reste du moins établi que ce fut au centre de l'Arabie, dans l'Hedjaz et le Nedjed, parmi les tribus restées les plus pures, que se forma la langue qui a depuis porté,

' C'est la théorie longuement développée par Ibn KUaldoun. (De Sacy, op. cit. p. If A etsuiv. iogetsuiv. hliG-hli'j.)

à l'exclusion de tous les autres dialectes, le nom Carabe. Qu'il y eût là , parmi quelques tribus , une école d'atticisme , c'est ce qu*on ne saurait révoquer en doute. Que ce foyer de culture se trouvât chez les tribus bédouines, et non chez des Arabes citadins , c'est ce qui est également incontestable. Les Arabes ont toujours cru que les Bédouins conservaient le dépôt du beau langage et des belles manières ;^ la langue des villes est à leurs yeux un idiome corrompu et indigne du nom d'arabe ^ Mais jusqu'à quel point le rôle capital qu'ils attribuent aux Koreischites est-il conforme à la vérité historique ? C'est ce qu'il est difficile de décider. On ne voit pas que l'importance littéraire des Koreischites ait été fort considérable avant l'islamisme. Les poètes les plus célèbres de cette époque appartiennent aux tribus de l'Arabie centrale, aux Kindiens, aux Békrites, aux Taglibites, aux Dhobyân, aux Ghatafan. Les Arabes eux-mêmes ont remarqué que les Koreischites n'eurent avant l'islamisme aucun poète distingué^. C'est dans la rédaction du Coran que l'influence du dialecte koreischite fut décisive. Il est possible que, pour obéir à des vues préconçues et faire de Koreisch une race privilégiée, destinée à donner à l'Arabie son prophète, on ait antidaté l'influence de cette tribu sur la formation de la langue. La question présente est, du reste, subordonnée à une autre bien plus grave : possédonsnous des textes arabes antérieurs à l'islamisme dont la forme soit

^ Ibn Khaldoun , ap. de Sacy, o'p. cit. p. ûi 6 et suiv. Les schcrifs de la Mecque envoient ieurs fils faire leur rhétorique parmi les tribus bédouines. Aux époques florissantes de Tislamisme, les familles opulentes d'Afrique et d'Espagne faisaient également faire à leurs fils une sorte de voyage littéraire dans le désert. (Voy. Amari, Solwan eUMota, not. p. 298.)

Kitâb el-Agdni, I, fol. 1 5, 201 (suppl. arab. i/iii). — Gonf. Gaussiu de Pcrceval, £Mat,I, 35a,353.

Page 1