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LIVRE IV, CHAPITRE II

assez authentique pour nous attester l'état de la langue avant la rédaction du Coran? Et celle-ci dépend, à son tour, de la solution d'un autre problème : à quelle époque commença-t-on à écrire dans l'Arabie centrale, et d'où venait le caractère qui y fut adopté ?

La dernière question a été l'objet d'un mémoire spécial de M. de Sacy ^ Il semble résulter des textes cités par cet illustre orientaliste : i° que l'écriture n'a pas été connue des Arabes de l'Hedjaz et du Nedjed plus d'un siècle avant l'hégire; 9° que l'alphabet fut transmis aux Arabes par les Syriens; 3° que l'écriture resta , avant l'islamisme , et même assez longtemps après , l'apanage presque exclusif des Juifs et des Chrétiens. L'opposition de YJ\ (iSicûrns, indigène, qui ne sait pas écrire) et des CjjliJji J^\ i^ks gens du livre, les gens qui lisent et écrivent, c'est-à-dire, les Juifs et les Chrétiens)^ suffisait à elle seule pour indiquer ces différents résultats. Une inscription du temps de Trajan, trouvée à Rome, mentionne, il est vrai, un copiste pour récriture arabe; mais M. de Sacy suppose qu'il s'agit là du caractère palmyrénien. — L'origine syriaque de l'alphabet arabe ne saurait non plus être révoquée en doute, soit que l'on compare les formes de l'ancien alphabet dit coujîque à celles de Ycstranghelo, soit que l'on considère l'ordre primitif des lettres de l'alphabet arabe, ordre qui est identique à celui des alphabets hébreu et syriaque; soit que l'on analyse le nom du personnage que les Arabes donnent unanime-

' Mém. de VAcad. de* itucr. t. L. — Voir aussi Pococke , 5/)f c. hist. Arab. p. 161 elsuiv. — Gesenius, dans VEncycl. d'Ersch et Gruber, arL Arab. Schrijl. — Fresnel, Joum. asiat. déc i838, p. 554 etsuiv. — Gaussin de Perceval, Euai, i. I, p. S91 et suiv. M. de Sacy apporta quelques reslriclions à son premier sentiment, dans le Joum. des Savants, août i835, et dans le Joum. atiat. avril i8a7.

* De Sacy, Mém. de l'Acad. de* intcr. t. L, p. 39/1-395.

ment comme l'auteur de leur alphabet, Moramer, nom dans lequel on ne peut guère méconnaître le titre »*;jio, que portaient les prêtres syriens ^; soit enfin que l'on suive les pérégrinations de ce Moramer, qu'on voit d'abord établi à Anbara , dans l'Irak, puis à Hira, où un Koreischite, d'autres disent un Kindien, apprend de lui l'écriture, et la transporte à la Mecque^. M. Fresnel et M. Gaussin de Perceval ont démontré que c'est par erreur que les savants arabes ont voulu tirer le caractère arabe proprement dit, ou djazm, du caractère musnad. L'opinion très-répandue chez les Arabes, d'après laquelle la langue et l'écriture syriaques sont la langue et l'écriture primitives, tient sans doute à ce fait, que l'alphabet et la première culture littéraire leur sont venus des Syriens. L'alphabet des inscriptions sinaïtiques, qui nous représente la plus ancienne écriture arabe connue, se rattache lui-même à l'estranghelo.

Quelques réserves doivent cependant être apportées à l'opinion trop absolue de M. de Sacy. D'une part, M. Sprenger a recueilli des faits qui établissent bien positivement qu'au moins certaines personnes parmi les Arabes écrivaient avant Mahomet, et même que certains livres apocryphes avaient été traduits en arabe ^. D'un autre côté, les inscriptions trouvées dans la presqu'île du Sinaï, à Pétra, à Bostra, dans le Hauran, constituent une masse d'écriture qu'on est autorisé à considérer comme arabe. Enfin les manuscrits très-anciens du Coran que possède la Bibiothèque impériale, en nous donnant la forme primitive du neskhi , ont démontré l'individualité de

^ Cf. Land , Joanne» Bischofvon Eplicsos, p. 1 5.

* Cf. Ibn Khaidoun, dans la Chrest. arabe de M. de Sacy, t. II, p. 809 et suiv. ' Journal of thc Asiatic Society ofBengal, i856, p. 3o3 et suiv. 875 et suiv. et Dos Leben und die Lehre des Mohammad, I, nli et àuiv.

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