II
L'origine de l'écriture arabe une fois constatée, nous pouvons aborder la question plus difficile de l'authenticité et de l'intégrité des poëmes arabes antérieurs au Coran. Cette question, il faut le dire, a été tranchée jusqu'ici dans le sens affirmatif, sans aucune restriction. Les Moallakât, les poésies du Hamâsa, du Kitâb el-Agâni, du Divan des Hodlteilites, ont été acceptées comme remontant réellement, pour le fond et pour la forme, à l'époque antérieure à Mahomet. Pour le fond, aucun doute n'est possible : ces poëmes nous représentent, comme un parfait miroir, la vie anté-islamique ; ils se rapportent certainement à des personnages et à des événements réels. Sous le rapport de la forme, on doit croire également qu'ils nous ont été conservés avec une fidélité suffisante, et que les altérations, s'il y en a, n'affectent que les plus menus détails; mais le philologue a d'autres exigences que l'historien et le littérateur. L'historien et le littérateur parlent sans hésiter d'un poëte français du xii' siècle, d'après un manuscrit du xiii* ou du XIV*; le philologue n'ose se permettre de dépasser, dans ses conclusions, l'époque même du manuscrit et la province oii il a été écrit. De même, tout en accordant aux poëmes antéislamiques une véritable authenticité, on peut encore se de-
* C'est-à-dire, des Persans et des GrâC3.