‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 195 sur 281 · LIVRE IV, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IL

carrière prophétique , se fit-il enseigner, par quelque Chrétien ou quelque Juif, les premiers éléments de l'alphahet; mais il est certain , du moins , qu'il ne connut les traditions juives et chrétiennes que par des récits faits de vive voix. L'extrême incertitude avec laquelle il rapporte ce qu'il a ouï dire, le tour si libre qu'il y donne, la manière dont il estropie les noms propres, montrent qu'il n'était gêné par l'autorité d'aucun texte. Bien que tout le fond des Evangiles apocryphes et des traditions rabbiniques se retrouve dans le Coran , il est impossible d'y découvrir une seule citation textuelle d'un livre juif ou chrétien'. La rédaction du Coran se présente ainsi à nous avec des caractères tout à fait particuliers , et dont on ne trouve l'analogue dans aucune autre littérature. Ce n'est ni le livre écrit avec suite, ni le texte vague et indéterminé arrivant peu à peu à une leçon définitive, ni la rédaction des enseignements du maître faite tardivement d'après les souvenirs de ses disciples; c'est le recueil des prédications, et, si j'ose le dire, des ordres du jour de Mahomet, portant encore la date du lieu où ils parurent et la trace de la circonstance qui les provoqua. Chacune de ces pièces était écrite, après la récitation du Prophète, sur des peaux, sur des omoplates de mouton, sur des os de chameau , des pierres unies , des feuilles de palmier, ou conservée de mémoire par les principaux disciples, que l'on appelait porteurs du Coran. Quelques zélés sectaires désapprouvaient même les rédactions par écrit, pensant qu'elles feraient tort à la mémoire. Ce ne fut que sous le khalifat d'Abou-Bekr, après la bataille de Yemâma, oiî périrent un grand nombre de porteurs du Coran, que l'on songea à ^réu-

^ Conf. G. Weil, Biblische Legenden der Muselmànner ; Francfort, i8i5. — Geiger, Wa$ hat Mohammed aus dem Judenthume aufgenommenf Bonn, i833. — De Sacy, Journal de» Savants, mars 1 835.

nir le Coran entre deux ais» et à mettre bout à bout les fragments détachés et souvent contradictoires des discours de l'apôtre de Dieu. Il est indubitable que cette compilation, à laquelle présida Zeyd ben-Thabet, le plus autorisé des secrétaires de Mahomet, fut exécutée avec une parfaite bonne foi. Aucun travail de coordination ou de conciliation ne fut tenté : on mit en tête les plus longs morceaux ; on réunit à la fin les plus courtes surates, qui n'avaient que quelques lignes, et l'exemplaire type fut confié à la garde de Hafsa, fille d'Omar, l'une des veuves de Mahomet. Une seconde récension eut lieu sous le khalifat d'Othman. Quelques variantes d'orthographe et de dialectes s'étant introduites dans les exemplaires des difl'érentes provinces, Othman nomma une commission, toujours sous la présidence de Zeyd, pour constituer définitivement le texte d'après le dialecte koreischite; puis, par un procédé très-caractéristique de la critique orientale, il fit recueillir et brûler les autres exemplaires, afin de couper court aux discussions. Les feuilles de Zeyd elles-mêmes furent brûlées sous le khalifat de Merwan. C'est ainsi que le Coran est arrivé jusqu'à nous sans variantes bien essentielles ^

Certes , un tel mode de composition est fait pour inspirer

* De Sacy, dans les Notices et extraits, t. VIII, p. 296 et suiv. — Caussin de Perceval, Essai sur l'hist. des Arabes, t. III, p. 378-879. — Th. Nœldeke, De origine et compositione Surarum qoranicarum ipsiusque Çorawi (Gœttingue, i856), et Geschichte des Qorâns (Gœttingue, 1861). — Sprenger et Miiir, ouvrages précités. On possède des manuscrits du Coran presque contemporains d'Othman; tel est, par exemple, le Coran coufique qui faisait partie de la collection de M. Marcel. ( Voy. Quatremère , Mém. sur le goût des livres chez les Orientaux, p. g et suiv. — Belin, dans le Journal asiat. décembre i85i, p. A91 et suiv.) En tout cas, il existe des exemplaires où Ton a cherché à se conformer, dans les plus menus détails , aux copies modèles faites par l'ordre d'Othman. (Voy. de Sacy, Notices et exlr. t. IX, p. 76 et suiv.) La Bibliothèque impériale possède aussi de très-anciens fragments, provenant d'Asselin , dont la critique n'a pas encore fait un usage suffisant.

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