‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 198 sur 281 · LIVRE IV, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE II

reste à raconter pour achever l'histoire des révolutions de l'idiome littéral.

L'imperfection de l'alphaLet dans lequel était écrit le Coran exigea tout d'abord quelques réformes. C'était probablement le neskhi, qu'on a représenté, bien à tort, comme une invention moderne ^ Les très-anciens exemplaires que possède la Bibliothèque impériale sont en neskhi. Quoi qu'il en soit, l'ancien alphabet arabe avait le double défaut des alphabets fatigués par un long usage et appliqués artificiellement à une langue pour laquelle ils ne furent pas créés. D'un côté , il représentait d'une manière incomplète les particularités de la langue qui l'avait adopté ; de l'autre , beaucoup de lettres s*y ressemblaient et se confondaient entre elles. Ces défauts produisaient dans la lecture du Coran de grandes hésitations et des variantes qui effrayaient les puristes. On se trouva ainsi amené à créer, pour remédier à l'insuffisance de l'alphabet primitif, deux sortes d'appendices : i" des points diacritiques, servant à distinguer l'une de l'autre les lettres qui avaient la même figure, 2° des points-voyelles et des signes orthographiques, destinés à marquer le son des voyelles variables et certains accidents de prononciation.

Les historiens arabes nous ont transmis des détails plus ou

j ' Les médailles et quelques-uns des plus anciens fragments d'écriture arabe que Ton possède, une pièce de l'an 4o de l'hégire, deux pièces de l'an i33 , les monnaies d'Abd-el-Mélik , de l'an 76 environ, sont en neskhi. (Conf. de Sacy, Journal asiat. mai 1828, août 1826, avril 1897; Journal des Savants, avril 1826; Mém. de l'Acad. des inscr. nouv. série, t. IX, p. 66 et suiv.) Il en est de même des tessères, en verre , d'Osama , fils de Zeyd, ai-Tonoukhi, frappées vers l'an 97 de l'hégire, et de celles d'Obeid-Allah, fils de Ehabkhab, frappées au commencement du n* siècle. (De Sacy, Mém. de VAcad. des inscr. t. IX, p. 73-78, note.) La curieuse pièce découverte par M. Etienne Barth^emy, et qui paraît être l'original même de la lettre que Mahomet adi'essa au vice-roi d'Egypte, l'an 6 de l'hégire, est plutôt en caractères coufiques. {Journal asiat. décembre i854.)tJn meilleur

moins légendaires sur la manière dont se fit cette réforme, qu'on attribue généralement à Aboul-Aswed, mort l'an 69 de l'hégire (688 de notre ère)^ Il est certain, du moins, que l'innovation remonte au premier siècle de l'hégire ^. Les exemplaires du Coran de la recension d'Othman ne portaient, dit-on, aucun signe étranger aux lettres. Il paraît même que les essais d'Aboul-Aswed furent d'abord blâmés par les musulmans rigides, et qu'il fallut le progrès toujours croissant des fautes de lecture pour qu'on s'arrêtât à ces expédients. L'opération, en elfet, n'était pas sans importance pour le dogme et la politique, puisqu'elle obligeait les commentateurs et les lecteurs à adopter un sens fixe et déterminé, tandis que l'état primitif du livre leur laissait la liberté de choisir entre plusieurs manières de lire et d'entendre. Aussi essaya-t-on de satisfaire les scrupuleux en écrivant les points-voyelles et les signes orthographiques avec une encre différente de celle du texte. Quant aux points diacritiques, on ne les distingue jamais par une couleur différente, parce qu'ils sont censés ne rien ajouter au texte , mais seulement en faciliter la lecture : ils ne sont employés, d'ailleurs, que d'une manière fort irrégulière dans les manuscrits coufiques et même dans beaucoup de manuscrits cursifs jusqu'au xii* ou au xiii* siècle.

Malgré ces améliorations, l'alphabet arabe resta toujours un caractère fort imparfait^. En faut-il d'autre preuve que la

fac-similé en a été donné dans la Tfiéa Tlavêâpa (journal d'Athènes), février 1860, p. /i85etsuiv.(t.X).

' De Sacy, dans les Mém. de l'Acad. des inscr. et belles-lettres, t. L, p. 3 1 7 et suiv. et dans les Notices et extraits, t. VIII, p. 290 et suiv. t. IX, p. 76 et suiv.

* Dans les anciens manuscrits d'Asselin, dont quelques-uns paraissent appartenir au commencement du n" siècle de l'hégire, on trouve déjà des points diacritiques sous la forme de traits linéaires.

Sur les diverses moditications de l'alphabet arabe , voy, le Sacy, ilém. de

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