‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 199 sur 281 · LIVRE IV, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IL

nécessité où l'on se trouve, dans les dictionnaires géographiques , par exemple , d'épeler les mots , en spécifiant la voyelle , toutes les fois qu'on veut arriver à quelque rigueur ? La transcription des noms propres étrangers, et, en particulier, des noms grecs, pour lesquels le copiste n'est point guidé par l'analogie, est devenue, dans les manuscrits v^rabes, d'une telle inexactitude, qu'une foule de précieux renseignements, transmis par les musulmans sur les littératures et l'histoire de l'antiquité, sont pour nous lettre close. Les langues enfin qui ont adopté l'alphabet arabe , telles que le malay, ont subi le contre-coup de ces graves défauts, et l'on peut dire que l'alphabet arabe, de plus en plus défiguré par les caprices des scribes orientaux, est devenu, pour les langues de l'Asie, un véritable agent de destruction.

Le moment de l'introduction des points-voyelles dans l'écriture arabe coïncide avec l'introduction des mêmes signes chez les Syriens et les Hébreux. Cet essai pour améliorer l'écriture sémitique se régularise partout au m' et au vin' siècle. Un tel synchronisme ne peut être fortuit, et les analogies des trois systèmes de vocalisation sémitique sont d'ailleurs trop profondes pour qu'il n'y ait pas eu entre les trois inventions de nombreux points de contact. M. de Sacy, qui pensait que le système des Arabes était d'abord plus compliqué et plus ressemblant à celui des Hébreux qu'il ne Test aujourd'hui, avait annoncé un travail oii il éclaircirait ces deux vocalisations l'une par l'autre ^ ; mais il ne semble pas qu'il ait tenu sa promesse. Nous reviendrons sur ce sujet, en faisant, dans notre second

î'Aead. desinser. et belles-lettres , t. L, p. 3 09 etsuiv. — Rosenmùller, Jnstit. ad fundamenta lingtice arnbicœ , S iy.

' Mémoires de V Acad. des inscr. et belles-lettres, t. L, p. 368. — Conf. Gesenius, dans ïEneycl. d'Ersch et Gruber, t. V, p. 45.

volume, l'histoire des systèmes de points-voyelles dans les langues sémitiques. Il suffit, maintenant, d'avoir remarqué la tendance commune qui poussait les Sémites vers le perfectionnement artificiel de leur alphabet.

Un autre mouvement bien plus remarquable se manifesta vers le même temps chez les divers peuples sémitiques; je veux parler de celui qui les porta à réfléchir sur leur langue et à se créer une grammaire. C'est un instant solennel dans l'histoire d'une race que celui où elle commence à étudier pour la première fois l'instrument dont elle s'est servie jusque-là d'une manière naïve et spontanée. Si la race sémitique aborda bien tard ce travail d'analyse, il faut l'attribuer sans doute à ce que l'aptitude grammaticale est toujours en proportion rigoureuse avec l'esprit d'abstraction. Chez la race brahmanique, qui a poussé si loin toutes les études spéculatives, la grammaire apparaît, dès les époques mythologiques, comme une annexe des Védas ^ Son origine est divine (Indra a été le premier grammairien); des fables sans nombre entourent son berceau. La Nirukti de Yaska, qu'on peut regarder comme le plus ancien essai de grammaire qui soit venu jusqu'à nous, doit être au moins du vu* ou du vin* siècle avant l'ère chrétienne; or Yaska cite une foule de travaux qui supposent avant lui une longue série de grammairiens. Les Prâtiçâkhyas , dont la compilation remonte au v' ou au vf siècle avant notre ère , mentionnent également une foule de sectes grammaticales et de maîtres célèbres plus anciens^. Enfin, vers le iv^ siècle avant J. G. c'est-à-dire à une époque où nulle autre race ne possédait d'institutions grammaticales, la grammaire indienne atteint, entre les mains du célèbre Panini, un degré de nerfec-

' A. Weber, Ahademische Vorlesungen, p. au et suiv. 1 98 et suiv, ' A. Régnier, Prâtiçâkhya du Rig-Véda, 1" lect. Paris, 1857.

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