‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 200 sur 281 · LIVRE IV, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE II

tion qui n*a pas été dépassé. La Grèce , dès l'époque des sophistes, et surtout par le travail de l'école d'Alexandrie, réussit à son tour à se créer une grammaire, moins profonde que celle des Hindous , mais témoignant un grand esprit d'analyse et d'observation.

Les Sémites au contraire, dont l'infériorité philosophique relativement aux Ariens est trop évidente pour être contestée, n'ont tenté que fort tard de se faire une grammaire, et cela est d'autant plus remarquable cpie sur d'autres points ils sont arrivés de très-bonne heure à la réflexion. Pourquoi les Hébreux, par exemple, si merveilleusement doués en tout le reste, qui, mille ans avant J. C. avaient une admirable littérature, riche en ouvrages sur des sujets divers, n'ont-ils pas eu de grammaire? Je le conçois, à la rigueur, pour la première époque de la littérature hébraïque (la période antérieure à la captivité), durant laquelle on n'aperçoit dans les écrits de ce peuple aucune trace de rhétorique, où la langue a conservé toute sa naïveté, où le divorce entre l'idiome du peuple et celui des écrivains ne se fait guère sentir encore; mais dans la seconde période, où la littérature est presque entièrement tombée entre les mains des lettrés de profession, où les traces de composition artificielle sont manifestes, où les savants se servent d'une langue déjà morte, et dont le modèle ne se trouve que dans les livres anciens, n'est-il pas étrange que, malgré ie soin extrême que mettaient les Hébreux à la conservation de leurs monuments nationaux, on ne voie poindre chez eux aucune idée de grammaire? Et, quelques siècles plus tard, quand la fièvre du scrupule et de la subtilité s'empare de ce peuple, qu'il se met à compter les lettres de ses livres sacrés , à les entourer de points, d'accents, d'un luxe de signes qu'aucune autre langue n'a connu, au mi'ieu des puérilités de la Mas-

sore, pas une trace de grammaire; ce n'est qu'au x* siècle de notre ère, sous l'influence et à l'imitation des Arabes, qu'on voit paraître des traités réguliers de grammaire hébraïque.

Les Syriens, vers le v* siècle, nous offrent, il est vrai, quelques essais de grammaire ; mais ce ne fut là qu'une tentative avortée , une imitation directe des Grecs qui resta sans conséquence. La grammaire sémitique ne se fonde réellement que vers la fin du vu* siècle de notre ère, au moment où les Arabes, en possession d'un texte classique et sacré, se voient obligés, pour en assurer l'intégrité, de l'entourer d'appareils conservateurs.

En supposant que la langue du Coran, telle qu'elle résultait de la première compilation de Zeyd , faite* vers 634, représentât parfaitement la langue vulgaire du groupe de musulmans qui se serraient, après la mort de Mahomet, autour d'Abou- Bekr et d'Omar, il faut admettre que cette langue devint bientôt presque étrangère pour les croyants plus ou moins convaincus qui, dans les années suivantes , embrassèrent l'islamisme. En effet, douze ou quinze ans après, nous trouvons Zeyd à l'œuvre, en vue d'une réforme surtout grammaticale : il s'agit de couper court aux variantes de dialectes et de conformer l'orthographe de tous les exemplaires au dialecte de Koreisch. A mesure que la foi nouvelle s'étendit à une plus grande diversité de tribus et de races, il devint d'autant plus difficile de maintenir la pureté de la langue sacrée. Les solécismes que faisaient les nouveaux croyants étaient, pour les Arabes de la vieille école, un sujet de perpétuelle affliction. Ibn Khallican, dans la Vie d'Aboul- Aswed^ rapporte une foule de piquantes anecdotes, qui prouvent l'impossibilité où se trouvaient les grossiers soldats des premiers khalifes d'observer les délicatesses du dialecte korei-

> Édit. deSlane.t. I,p.34o.

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