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LIVRE IV, CHAPITRE II

l'islamisme, la poésie, négligée par le Prophète, privée des institutions qui en faisaient la vie, déchoit rapidement. Elle se continue encore dans le désert par deux ou trois généralions de poëtes bédouins presque étrangers à l'islamisme ; puis les progrès de la religion nouvelle , les bouleversements politiques et l'abaissement de la race arabe en font presque disparaître les vestiges. Transportée du désert dans les cours de Syrie, de Perse, du Khorasan, du Maroc, de l'Espagne, la poésie arabe n'est, entre les mains de Moténabbi, d'Aboulalà et de leurs imitateurs, qu'un simple jeu d'esprit, et tombe de plus en plus, par suite de l'influence persane, dans l'affectation et le mauvais goût. Mais il faut se rappeler que le génie sémitique n'est pour rien dans ces misérables subtilités. Le goût sémitique est de lui-même sobre, grand et sévère, et n'a rien de commun avec ce style détestable qu'on s'est habitué à appeler oriental, tandis que les Persans et les Turcs devraient seuls en porter la responsabilité.

Nous avons déjà remarqué ce fait général, que, durant les premiers siècles de l'hégire, toutes les langues sémitiques, les dialectes de l'Ethiopie exceptés , disparurent devant l'arabe. Pour expliquer la facilité avec laquelle les diverses branches de la famille sémitique abdiquèrent ainsi leur dialecte, il faut supposer qu'elles possédaient , à l'époque dont nous parlons , une conscience assez développée de leur unité linguistique. Le sentiment qu'ont les peuples de la parenté des idiomes est loin d'être aussi étendu que celui auquel on arrive par les données de la science. L'affinité du français, de l'allemand et du russe est évidente pour le savant; elle échappe complètement au peuple , et aucune circonstance ne pourrait amener la comDinaison de l'une de ces trois langues avec les autres. Il nen est pas de me T)e pour l'italien et le français : un Français et un

Italien illettrés sentent qu'ils parlent au fond la même langue : si la France, l'Italie et l'Espagne étaient réunies dans un même corps politique, une langue commune ne tarderait pas à s'établir. Les dialectes sémitiques ne différant pas beaucoup plus l'un de l'autre que les langues néo-latines ne diffèrent entre elles, on comprend qu'ils n'aient opposé qu'une faible résistance à l'idiome congénère qui aspirait à les absorber.

Il est certain, en effet, que l'arabe est à beaucoup d'égards le résumé des langues sémitiques. On dirait que toutes les ressources lexicographiques et grammaticales de la famille se sont donné rendez-vous pour composer ce vaste ensemble. L'hébreu, le syriaque, l'éthiopien n'ont guère de procédés que l'arabe ne renferme pareillement, tandis que l'arabe possède en propre une série de mécanismes précieux. Il est vrai que plusieurs des propriétés caractéristiques de l'arabe se trouvent d'une façon rudimentaire dans les autres langues sémitiques : ainsi les formes modales du futur sont en germe dans le futur apocope des Hébreux; les flexions finales, dans les terminaisons paragogiques ou emphatiques de l'hébreu et de l'araméen; presque toutes les formes du verbe régulièrement employées en arabe existent en hébreu ou en syriaque à l'état de formes rares et anomales ; mais ce ne sont là que des germes à peine indiqués, tandis qu'en arabe ces mécanismes sont arrivés à l'état de procédés réguliers, et constituent un des ensembles grammaticaux les plus imposants que jamais langue soit arrivée à revêtir.

Ce serait une question frivole de se demander si l'arabe doit être envisagé comme supérieur aux autres langues sémitiques. L'arabe exprime parfaitement l'ordre d'idées auquel il est a'jproprié; cet ordre est tout différent-de celui de l'hébreu et du syriaque. Une foule de nuances que l'hébreu et le £y-

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