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LIVRE IV, CHAPITRE II

fin l'alphabet arabe est devenu celui des langues de l'Afrique qui ont tenté de se fixer par l'écriture, telles que le berber, le madécasse.

L'Europe n'échappa point à cette action universelle de la langue arabe. On sait combien de mots de toute espèce les Espagnols et les Portugais ont empruntés à l'idiome de leurs voisins musulmans ^ Les autres langues romanes contiennent aussi un assez grand nombre de mots arabes, désignant presque tous des choses scientifiques ou des objets manufacturés^, et attestant combien, pour la science et l'industrie, les peuples chrétiens du moyen âge restèrent au-dessous des musulmans. Quant aux influences littéraires et morales, elles ont été fort exagérées; ni la poésie provençale, ni la chevalerie ne doivent rien aux musulmans. Un abîme sépare la forme et l'esprit de la poésie romane de la forme et de l'esprit de la poésie arabe ; rien ne prouve que les poètes chrétiens aient connu l'existence d'une poésie arabe , et l'on peut affirmer que , s'ils l'eussent connue, ils eussent été incapables d'en comprendre la langue et l'esprit'.

* Voy. Vesttffios da îingoa arabica em Portugal, ou Lexicon elymologico dos palavraê e nomes portuguezes que tem origem arabica , por J. de Sausa , aunotado por J. de Sanlo-Antonio Moura; Lisboa, i83o, in-li', et le Glosiaire des mois espagnols cl portugais dérivés de V arabe, par W. H. Engelmann (Leyde, 1861). Cf. Defrémery dans le/oum. a«tat.janv. 1862, p. 82 etsuiv.

* Voy. A. P. Pihan, Glossaire des mots français lires de V arabe, du persan et du turc; Paris, 1847. Certains mois, tels que môtnerie (mahomerie, et, par suite, pratique païenne et superstitieuse), assassin {haschischin , buveurs de haschisch), mesquin (de ^jvXi*^, un pauvre, meschitio), ont suivi des voies fort détournées pour arriver au sens que nous leur donnons.

' Conf. R. Dozy, Rech. sur l'hisl. politique et littéraire de l'Espagne pendant le moyen ag'e, t. 1 , p. 609 et suiv. (i" édition).

S VII

Nous n'avons jusqu'ici embrassé dans nos recherches que l'arabe littéral, c'est-à-dire, l'arabe tel qu'on le trouve dans les monuments écrits; il nous reste maintenant à envisager l'arabe dans la bouche du peuple, et d'abord à nous faire une idée exacte de la différence qui sépare les deux idiomes et des circonstances historiques dans lesquelles cette distinction s'est produite.

L'arabe vulgaire n'est, au fond, que l'arabe littéral dépouillé de sa grammaire savante et de son riche entourage de voyelles. Toutes les inflexions finales exprimant, soit les cas des substantifs, soit les modes des verbes, sont supprimées. Aux mécanismes délicats de la syntaxe littérale, l'arabe vulgaire en substitue d'autres, beaucoup plus simples et plus analytiques. Des préfixes et des mots isolés marquent les nuances que l'arabe littéral exprime par le jeu des voyelles finales; les temps du verbe sont déterminés par des mots que l'on joint aux aoristes pour en préciser la signification. Sous le rapport lexicographique , l'arabe vulgaire a laissé tomber également cette surabondance de mots qui encombrent plutôt qu'ils n'enrichissent l'arabe littéral. Il ne connaît que le fonds courant des vocables sémitiques, parfois légèrement détournés de leur signification ancienne. Quelques mots étrangers, différents selon les différentes provinces, et turcs pour la plupart, altèrent seuls le caractère parfaitement sémitique de cet idiome, parlé encore de nos jours sur une immense étendue de pays.

On aperçoit déjà un fait remarquable, c'est que l'arabe vulgaire est resté bien plus rapproché que l'arabe littéral de l'hébreu et du type essentiel des langues sémitiques. Les procédés grammaticaux et les mots que l'arabe littéral ajoute

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