‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 215 sur 281 · LIVRE IV. CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE IL

Ta supposé M. Munk, dans quelques substantifs, où la terminaison D aurait été prise à tort pour un afSxe'.

Ainsi, sans attribuer aux grammairiens l'invention des mécanismes de l'arabe littéral , nous reconnaissons qu'il y a dans ces mécanismes une part de convention , en ce sens que de procédés flottants, indécis ou ne convenant qu'à certains mots, les puristes ont fait des procédés fixes et réguliers. Pour le dictionnaire, de même, ils ont sanctionné l'intrusion d'une foule de mots de toute provenance, que le peuple n'employa jamais, et qui ont fait de l'arabe une sorte de langue artificielle, dans le genre de l'italien académique du xvii* et du xviii* siècle. La distinction de l'arabe littéral et de l'arabe vulgaire n'a pas d'autre origine. Après une refonte grammaticale , la langue du peuple se trouve toujours être difi"érente de celle des lettrés. Alors seulement l'on commence à parler l'idiome vulgaire, par opposition à l'idiome savant. Le développement de la langue est, en quelque sorte , scindé, et se continue désormais suivant deux lignes de plus en plus divergentes, l'idiome vulgaire succédant par un progrès de corruption à l'idiome primitif, comme l'idiome savant y a succédé par un progrès de culture. Là nous semble être le point de conciliation des deux hypothèses qu'on a proposées pour expliquer les rapports de l'arabe vulgaire et de l'arabe littéral. L'arabe littéral n'est pas, conmie le veulent quelques philologues, un idiome factice; l'arabe vulgaire, d'un autre côté, n'est pas uniquement né, comme d'autres l'ont prétendu, de la corruption de l'idiome littéral; mais il a existé une langue ancienne, plus riche et plus synthétique que l'idiome vulgaire, moins réglée que l'idiome savant, et dont les deux idiomes sont sortis par des voies oppo-

' Munk, /. c. Aux exemples cités par M. Munk j'ajouterai le mot DHD ( Néhém. v, i i ) , où Ton peut voir un arabisme caractérisé.

sées. On peut comparer l'arabe primitif à ce que devait être la langue latine avant le travail grammatical qui la régularisa, vers l'époque des Scipions ; l'arabe littéral , à la langue latine telle que nous la trouvons dans les monuments du siècle d'Auguste; l'arabe vulgaire, au latin simplifié que l'on parlait vers le VI* sièele, et qui, à bien des égards, ressemblait plus au latin arclxâîque qu'à celui de Virgile ou de Gicéron.

Quelques circonstances , j e ne l'ignore pas , semblent attribuer au fait générateur de l'arabe vulgaire la physionomie d'une véritable dissolution. Les historiens arabes donnent pour motif aux institutions grammaticales qui apparaissent dès la fin du VII* siècle la nécessité d'opposer une barrière à la corruption toujours croissante de l'idiome classique. Les fautes qui désolaient Aboul-Asvi^ed étaient des fautes contre les règles de l'arabe littéral^. Il se passa chez les Arabes, au i" siècle de l'hégire, ce qui s'est vu toutes les fois qu'une grande masse de populations diverses se trouve tout à coup assujettie à un langage trop savant pour elle; le peuple, qui ne cherche qu'à se faire entendre, se crée un idiome plus simple, plus analytique, moins chargé de flexions grammaticales. L'arabe ne sut pas échapper complètement à la tendance qui porte toutes les langues à se dissoudre, par suite de l'incapacité où sont les descendants de renfermer leur pensée dans les formes synthétiques du langage de leurs pères; mais ce qu'il importe de maintenir, c'est que le nouvel idiome n'arriva jamais à se faire considérer comme une langue distincte. Les Arabes n'envisagent pas l'arabe littéral et l'arabe vulgaire comme deux langues, mais bien comme deux formes, l'une grammaticale,

* Voir sa Vie par Ibn Khallican. (Conf. de Sacy, Mém. del'Acad. des inscr. et belles-lettres, t. L, p. 32^-325. — Ibn Khaldoun, dans de Sacy, Anthol. grammat, arabe, p. A 16 et suiv. 446 et suiv.)

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