‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 218 sur 281 · LIVRE IV, CHAPITRE IL Ml · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IL Ml

nomade prête singulièrement aux raffinements de la parole, et fait accorder un grand prix à l'éloquence et à la beauté du discours.

Le dialecte de Barbarie présente des particularités plus caractérisées, mais qui ne vont pas jusqu'à le rendre inintelligible pour les habitants de l'Arabie, de la Syrie ou de l'Egypte. Il est remarquable, du reste, que ces différences proviennent non de modifications intérieures et organiques, mais de concrétions purement extérieures. Ainsi en Syrie et en Egypte , on ajoute à l'aoriste un çj ou un i»: «-^.Jcxo, <aJc5X*. En Barbarie, le présent se marque par un «iJ, <-*a^*^ ou par la particule îj, suivie de l'affixe, t-^cC »lj*; en Orient, par l'addition du mot jo-e. Le rapport d'annexion ou de possession se rend en Barbarie par ftlju ou JLà ; en Orient par Jl»:» ou JU.

En dehors des quatre types que nous venons de nommer, et qui, si Ton excepte celui de Barbarie, méritent a peine le nom de dialectes, il n'y a dans la langue arabe que des variétés locales. L'étude de ces variétés hors de l'Arabie n'aurait, ce semble, que peu d'intérêt. L'arabe a conservé partout une sorte d'incorruptibilité; nulle part il n'a formé de patois proprement dit : le peuple, en Orient, s'exprime avec correction, et ne parle point, comme les gens de nos campagnes, un jargon composé de barbarismes^. Les mots provinciaux étrangers à la langue mère sont du moins purement arabes dans la forme'. Quelques mots turcs, francs ou berbers troublent seuls la pureté de l'idiome primitif. Si l'influence française, s'exerçant en Asie par les livres et les termes

* Voy. A. P. Pihan, Éléments de la langue algérienne (Paris, i85i), p. Uo-ht.

* Caussin de Perceval, Gramm. arabe vulg. préf. p. th-tih.

* Voy. Gberbonneau, Traité méthodique de la conjugaison (Paris, i854), e' dans le Journal asiatique (déc. i855), p. S&q et suiv.

scientifiques, en Afrique par la conquête, semble devoir porter un coup plus grave à l'intégrité de l'arabe, ce préjudice sera amplement compensé par la renaissance qui, dans les pays musulmans, semble s'opérer sous les auspices de la France. La France rendant aux nations arabes une culture intellectuelle, les ramenant à lear propre grammaire, qu'elles avaient presque oubliée, leur imprimant des journaux et des livres, voilà certes un fait qui figurera dans l'bistoire des langues sémitiques, et dont l'importance ne nous échappe que parce qu'il est encore trop rapproché de nous. L'Angleterre, d'un autre côté, fait beaucoup pour l'étude de l'arabe dans ses possessions de l'Hindoustan \ et ce n'est pas un des traits les moins propres à mettre en relief la destinée singulière de l'Arabie, que de voir l'idiome de Koreisch revivre, entre des mains européennes, à Alger et à Calcutta!

L'arabe, qui exerça une action si profonde sur la langue des peuples assujettis à l'islamisme, a très-peu subi, en général, l'influence des langues indigènes dans les pays qu'il conquit. La race arabe, si ce n'est en Espagne, ne se mêla guère aux peuples vaincus. A peine citerait-on un ou deux exemples de dialectes arabes tout à fait défigurés par le mélange d'éléments barbares. La physionomie assez distincte du dialecte mnpoule, sur la côte de Malabar, vient de ce que l'émigration sémitique sur ce point eut lieu à des époques très-diverses 2. S'il se produisit ailleurs des altérations caractérisées, ce fut toujours par le fait des races étrangères qui avaient adopté l'islamisme, et non par le fait de la race arabe elle-même. Ainsi,

' Il paraît cependant que, même avant la dernière insurrection, la Compagnie des Indes était entrée dans une voie restrictive à cet égard.

* Conf. Adelung, Milhridate,l, Aia. — Balbi,^(/a« ethnographique, 3* tabl. Voy. ci-dessus, p. a88.

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