LIVRE IV, CHAPITRE II. M
dans l'Espagne méridionale , la langue arabe , étant devenue celle de la population chrétienne, se corrompit et forma le mosarabej qui a, dit-on, survécu jusqu'au dernier siècle dans les montagnes de Grenade et de Sierra-Morena.
Le maltais offre un autre exemple de ces patois mélangés. Le grand nombre de langues qui se sont croisées sur le sol de l'ile de Malte a pu donner le vertige aux anciens linguistes qui ont voulu tour à tour retrouver dans le maltais la langue des différents possesseurs de l'île, et, en particulier, le phénicien. C'est le sort de ces petites terres isolées, espèces d'hôtelleries, qui ne sont pas des patries, de changer de langage suivant les hôtes qui s'y succèdent, et dont chacun y laisse des traces de son passage. Que le phénicien et le carthaginois aient été longtemps parlés à Malte, c'est ce que les nombreux monuments phéniciens trouvés sur le sol de l'île suffiraient à prouver; mais le patois auquel on donne de nos jours le nom de maltais, et qui n'est plus parlé que dans les campagnes (dans les villes on parle anglais ou italien), n'est que de l'arabe mêlé d'italien, d'allemand, de provençal. 11 se rapproche par ses idiotismes spéciaux de l'arabe du nord de l'Afrique ^ Ainsi l'habitude de prononcer l'a long comme un * (iîi = vl*) vient certainement de Vimalé, si familier aux Mogrebins^. L'emploi de l'alphabet italien et l'adoption de mots étrangers ont fait du maltais un jargon très-barbare. Des mots comme liherana, «délivre-nous;» teruinah (futur avec préfixe arabe du
* Conf. Micheiantonio Vassalli , Grammatiea délia lingua nudlete ; Malte , 1 8a 7. — Gesenius, Versuch uber die Mcdtesische Sprache. Beitrag zur arabischen Dialektologie (Leipzig, 1810), et dans VEncycl. d'Ersch et Gruber, l. V, p. h-] et suiv. — De Sacy , dans le Journal de» Savants, avril iSag. — De Slane dans le Journal asiat. mai i8ii6, p. h'ji et suiv.
* De Sary, Gramm. arabe, t. I, p. Ai, note (a* édik).
verbe ruinare), sont des monstres tels qu'on en chercherait vainement dans les dialectes dont nous avons parcouru l'histoire. Le maltais est, avec quelques langues de l'Abyssinie, le seul exemple qu'on puisse citer d'un dialecte sémitique tout à fait altéré, et ayant admis dans son sein une grande masse d'éléments hétérogènes : le caractère propre des langues sémitiques est, en général, de recevoir très-peu de chose des autres langues et de rester presque fermées aux influences du dehors.