‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 220 sur 281 · LOIS GENERALES DU DEVELOPPEMENT DES LANGUES SEMITIQUES · texte numérisé non relu

LOIS GENERALES DU DEVELOPPEMENT DES LANGUES SEMITIQUES

Les langues sémitiques ont, au point de vue de la philologie comparée, l'avantage d'offrir à l'observation un développement complet et définitivement achevé. Les langues indoeuropéennes continuent encore leur vie de nos jours , sur tous les points du globe, comme par le passé; les langues sémitiques, au contraire , ont paTcouru le cercle entier de leur existence. On peut dire qu'à partir du xrv" siècle, depuis la disparition du syriaque et du ghez, et les dernières conquêtes de l'arabe en Orient , les langues sémitiques n'ont plus d'histoire. Il y a dans le mouvement général de ces langues une marche frappante vers l'unité. Nous avons déjà vu l'araméen, dans les siècles qui précèdent l'ère chrétienne, absorber les dialectes antérieurs et réaliser l'unité de la famille sémitique , l'Arabie

exceptée. A l'époque de la conquête musulmane, il n'y avait plus guère que deux langues sémitiques, l'araméen et l'arabe: l'arabe, à son tour, absorbe les dialectes de l'A ramée et reste ainsi l'unique représentant du sémitisme. De là ce fait , absolument unique en philologie, d'une famille de langues se réduisant avec le temps à un seul idiome , qui en est, en quelque sorte, le résumé et l'expression la plus parfaite. A l'heure qu'il est, tout ce qui s'écrit de sémitique dans le monde s'écrit sans la plus légère nuance de dialecte : les idiomes parlés eux-mêmes diffèrent assez médiocrement l'un de l'autre. C'est là, dis-je, un fait étrange et qui ne pouvait se produire que dans une famille aussi résistante que la famille sémitique. Si les langues sémitiques avaient eu, comme les langues indoeuropéennes, la facilité de former des langues analogues aux langues néo-latines, une telle absorption n'eût pas été possible, ou du moins l'arabe se fût altéré dans la bouche de ceux qui l'avaient adopté , et la variété eût reparu dans les dialectes dérivés; mais la famille sémitique devait conserver jusqu'au bout ce caractère de roideur métallique, si j'ose le dire, qui a empêché dans son sein toute vie intérieure développée.

Quand on compare les idiomes sémitiques, indépendamment de l'ordre successif dans lequel ils nous apparaissent, on est frappé de l'étroite harmonie qui règne entre leur physionomie respective et la situation géographique des peuples qui les ont parlés. La différence que produisent à cet égard quelques degrés de latitude est vraiment surprenante. L'araméen, parlé au nord, est pauvre, sans harmonie, sans formes multipliées, lourd dans ses constructions, dénué d'aptitude pour la poésie, qui, en effet, s'est à peine fait entendre dans ce rude idiome. Varabe, au contraire, placé à l'autre extrémité, se

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