LIVRE I, CHAPITRE IL
si au thenthiques. La généalogie est la forme essentielle de toutes les histoires primitives chez les Sémites (nnbin). Les Thokdoth des Hébreux, malgré leurs lacunes, leurs contradictions et les différents remaniements qu'elles ont subis, sont peut-être les documents historiques qui nous font approcher le plus près de l'origine de l'humanité. De là ce fait remarquable, que les autres races, ayant perdu leurs souvenirs primitifs, n'ont trouvé rien de mieux à faire que de se rattacher aux souvenirs sémitiques; en sorte que les origines racontées dans la Genèse sont devenues, dans l'opinion générale, les origines du genre humain.
Ces souvenirs particuliers de la race sémitique, qui comprennent à peu près les onze premiers chapitres de la Genèse , se divisent en deux parties bien distinctes. Dans la phase antédiluvienne, c'est une géographie fabuleuse, à laquelle il est fort difficile de trouver un sens positif; ce sont des généalogies fictives , dont les degrés sont remplis , soit par des noms d'anciens héros et peut-être de divinités qu'on retrouve chez les autres peuples sémitiques, soit par des mots exprimant des idées, et dont la signification n'était plus aperçue *. Ce sont des fragments de souvenirs confondus , où le rêve se mêle à la réalité,
' £wald, GetekichtedesYolkesI»rael,ï,f. Sogetsaiv. Jakrb. derbibî.Wiu. i85&, p. 1 et suiv. — Lengerke, Kenaan, p. xrii et soir. — Movers, Die Pheenixier, I, 1 3a-i 33. — Bunsen , /Egyjptena Ste/fe, V** Buch , ui* Abth. Il est impossible de déployer plus de pénétration qne ne Ta fait M. Ewald pour interpréter ces pages antiques. Je dois dirfe cependant que, dans mon opinion, M. Ewald cède beaucoup trop à la tentation de comparer les origines hebraeo-sémitiqaes aux cosmogonies ariennes. Ainsi il croit trouver, dans les idées primitiTes des Sémites , beaucoup plus de symbolisme et de mytbol(^e qu'elles n'en renfermèrent en réalité ; il voit parfois, dans les patriarches primitifs, des dieux et des déesses dont l'existence n'est pas bien prouvée; il cherche dans les nombres des symétries trop exactes; il fait entre les mythes sémitiques et ceux de l'Inde des rapprochements au moins hasardés.
à peu près comme dans les souvenirs de la première enfance. Quelques personnages plus réels , tels que Hanok , envisagé comme un saint, Kaïn ou Kaïnan ^ et Lémek, auxquels se rattachent des idées de violence et dont le nom sert de refrain à un chant populaire d'une singulière barbarie, apparaissent seuls pour donner une physionomie historique à ces récits. A partir du déluge , au contraire , les traditions ont un caractère beaucoup plus réel. Les généalogies se composent en général de noms de villes (Sarug, Sidon), de pays (Arphaxad, Aram, Chanaan), de montagnes (Masch, Riphath). Quelques mots désignant des événements, tels que Phaleg, Schélah, peut-être Héber, y paraissent encore ^ ; mais la géographie repose sur un fond solide, et l'interprétation ethnographique et historique Deut s*exercer désormais en toute sûreté. - Nous réservons pour une autre discussion les lumières que 1*011 peut tirer de la géographie mythologique, contenue principalement au second chapitre de la Genèse. Quant aux souvenirs de la période intermédiaire, comprise entre Noé et Abraham , voici , ce me semble , les inductions qu'il est permis d'en tirer relativement aux plus anciens mouvements de la race sémitique avant son entrée dans la terre oii depuis les temps historiques nous la voyons établie.
De ces mouvements, il n'en est qu'un seul (et probablement ce fut le dernier) sur lequel nous ayons des données précises ; c'est celui de Térach ou Tharé {Gen. xii, 3 1)^. Ici nous entrons
* L'identité de ces deux personnages n'est pas douteuse , si l'on considère que la généalogie du chapitre v est , au fond , la même que celle du chapitre it, avec de légers changements et des transpositions. Ce sont évidemment deux versions assez difTérentes d'une même généalogie , que les derniers rédacteurs ont mises bout à bout, n'en voyant pas bien clairement l'identité fondamentale.
* Ewald, Geschichte des Volkes Israël, 1. 1, p. 3t6 et suiv.
* Les vues nouvelles, généralement adoptées en Allemagne sur ce point, ont été