‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 23 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

réellement dans l'histoire; la vie des patriarches ne dépasse plus guère les limites naturelles de la vie humaine, et, bien que Tharé paraisse encore être fils d'une ville (Nahor), que parmi ses enfants se trouvent des nojns de villes , et que son nom semble n'être autre que celui de la Trachonitide^^ on sent évidemment qu'on a affaire à un événement capital , à celui qui transporta d'Our-Kasdim en Chanaan une nombreuse famille de tribus sémitiques (Beni-Israël, Edomites, Moabites, Ammonites, etc.)^. Quelle position assigner à Our-Kasdim? Tout porte à identifier ce pays avec celui d'Arpbaxad, quand on voit ailleurs [Gen. x, q/i; xi, lo) Arphaxad institué chef de la descendance d'Héber et de Tharé; car, dans le style des Tholedoth, dire qu'Héber et Tharé sont fils d'Arpbaxad, cela veut dire qu'ils sont venus du pays d'Arpbaxad^. Or le pays d'Arpbaxad, ou pays des Kasdes, désigne, selon l'opinion générale, la province à*Appa7raxliris, placée par Ptolémée au nord de l'Assyrie, vers les monts Gordyées, dans le pays actuel des Kurdes. Tharé, en effet, meurt à Harran, au milieu à peu près de la route qu'il poursuivait vers le sud-ouest, et c'est Abraham, person-

sartoul développées par M. Bertheaa, Zur Getchichte der /«ra«2t(en (Gœttingue, 18/12), p. 2o4 etsuiv.

' Je ne propose cette conjecture qu'avec réserve. Le nom du Hauran ne se cacherait-il pas aussi sous le pn de la Genèse (xi, 26 et suiv.) ?

* L'usage d'envisager les tribus comme des individus et de les grouper en familles arti6cielles, usage très-fréquent chez les peuples sémitiques, est singulièrement favorisé par la locution ''Ja , (jxj «fils de n , qui sert à former

les noms ethniques. Cet usage s'est conservé jusqu'à une époque bien moderne, puisqu'on l'observe à un haut degré dans les généalogies des tribus berbères données par Ibn-Khaldoun, lesquelles n'ont pris leur dernière forme que sous l'influence musulmane.

* Aucun doute au moins ne peut rester sur la position septentrionale dii point de départ des Térachites. (Voy. Tu'Ji, Konwientar ùber die Genests, p. a8A. -^ Lengerke , Kenaan, p. 212.)

nage définitivement réel et historique , qui conduit l'émigration en Palestine. Il n'y était pas du reste le premier de sa race; car, indépendamment des Chananéens, il y trouva un chef sémite et monothéiste comme lui, Meichisédech, avec lequel il fit amitié. Mais longtemps encore la Mésopotamie resta le centre de la famille térachite, et c'est là que l'aristocratie, fidèle aux idées sémitiques sur la pureté du sang, envoya, jusqu'à son entrée en Egypte, chercher des femmes pour ses fils.

Les détails de la généalogie d'Arphaxad, convenablement interprétés, nous conduisent aux mêmes résultats. Les trois noms nb^^ "lay, aVs, qui y figurent, paraissent être des noms abstraits signifiant dimissio, transiius (fluminis), dispersio^. Seraient-ce les moments divers de l'émigration? Quoi qu'il en soit, les noms de "132? et nav (^Hébreux, oi zfepaTai), qui certainement à l'origine ne s'appliquaient pas seulement aux Israélites, ne laissent lieu à aucun doute, et se rapportent évidemment à une époque où une partie de la population sémitique habitait en deçà de l'Euphrate, et une autre au delà-. Les noms de Ragho, Sarug, Nahor, Harran, qui figurent dans la même généalogie, paraissent représenter des villes échelonnées du nord au sud depuis la source du Tigre jusqu'à l'endroit où les Térachites passèrent l'Euphrate^, et peuvent ainsi désigner

' Tucli , Kommentar, p. 967. — Knobel, Die Vœlkertafel der Genesis, p. i6g.

* Ewald, Gesch. I, 887, Ausf. Lehrb. p. 19. — Knobel, op. cit. p. 176 et suiv. et ies observations de M. Ewald, Jahrbûcher der bibl. IVissenschaft , III, 208. — Gesenius, Gesch. derhebr. Spr. p. 11-12, et Thés. s. h. v. — Bertheau, Zur Gesch. derisr. p. 2o5 et suiv. On ne peut voir qu'un paradoxe dans l'opinion de M. de Leugerke, qui cherche chez les Ibériens du Caucase l'explication du nom des Hébreux {Kenaan, p. 2i4 et suiv.), bien que les preuves par lesquelles il établit l'origine septentrionale de ces derniers conservent toute leur force.

' Ewald, Gesch. des Volkes Isr. 1, 3 1 6-3 J 7. — Tuch, op. cit. p. 280. — Lengcrke , p. 9 1 6 et suiv.

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