‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 221 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE I

distingue par une incroyable richesse , à tel point que Ton serait tenté de voir quelque surabondance dans l'étendue presque indéfinie de son dictionnaire et le labyrinthe de ses flexions grammaticales. Uhébreu enfin, placé entre ces deux extrêmes, tient également le milieu entre leurs qualités opposées ^ : il a le nécessaire , mais rien de superflu ; il est limpide et facile , mais sans atteindre à la merveilleuse flexibilité de l'arabe. Les voyelles y sont disposées dans une juste proportion, et s'entremettent avec mesure pour éviter les articulations trop rudes , tandis que l'araméen , recherchant généralement la forme monosyllabique , ne fait rien pour éviter les chocs de consonnes, et qu'en arabe, au contraire, les mots semblent, à la lettre, nager dans un fleuve de voyelles, qui les déborde de toutes parts, les suit, les précède, les unit, sans permettre aucune de ces rencontres que tolèrent les langues d'ailleurs les plus harmonieuses. Le verbe, par exemple, monosyllabique en araméen (/;to/), dissyllabique en hébreu (Arata/), devient trissyllabique en arabe [katala). Enfin il est une foule de procédés grammaticaux qui n'existent pas dans l'araméen, sont en germe dans l'hébreu, et ont acquis dans l'arabe tout leur développement. Si l'on s'étonne de rencontrer de si fortes variétés de caractère entre les idiomes parlés dans une région géographique aussi peu étendue, qu'on se rappelle les dialectes grecs, qui, sur un espace bien plus restreint encore, présentaient des différences non moins profondes ; la dureté et la grossièreté du dorien à côté de la mollesse ionienne, voilà les contrastes qu'on trouvait à quelques lieues de distance chez un peuple éminemment doué du sentiment des diversités.

' Conf. Ewald, Aus/ùhrUchet Lehrbuch der hebr. Spraehe, p. 3i el suiv. ■— Gesenius, Getch. der hebr, Spraehe, S 16.

C'est dans les circonstances historiques, en effet, bien plus encore que dans celles du climat, qu'il faut chercher les causes efficaces de la variété des langues. Si , d'un côté, les caractères de famille sont immuables, s'il est vrai, par exemple, qu'une langue sémitique ne pourra jamais, par aucune série de développements, atteindre les procédés essentiels des langues indo-européennes, d'un autre côté, dans l'intérieur des familles, tout est flottant, sans moule arrêté, sans limites absolues. Les familles de langues se montrent à nous comme des types nettement définis et réduits à disparaître ou à rester ce qu'ils sont; au contraire, chacun des individus qui les composent a la faculté de développer les germes qu'il porte en lui, et, sans sortir du système général auquel il appartient, d'admettre les modifications que le temps, le climat, les événements politiques, les révolutions intellectuelles et religieuses peuvent exiger. C'est pourquoi, tout en établissant dans les grandes familles, surtout dans la famille indo-européenne et dans les rameaux les plus compréhensifs de cette famille, des groupes naturels et réellement distincts, il faut renoncer à chercher dans les dialectes secondaires des individualités caractérisées et permanentes. Pour ne parler que de la famille sémitique, combien ne serait-il pas inexact d'envisager les langues qui la composent comme des êtres identiques à euxmêmes pendant toute la durée de leur existence , lorsque nous voyons ces idiomes, depuis leur origine jusqu'à nos jours, s'accommoder par une série de combinaisons infinies à l'état intellectuel des peuples qui les ont parlés! Je ne fais pas de doute que l'ancien arabe ne ressemblât beaucoup plus, par sa physionomie générale, à l'hébreu qu'à l'arabe littéral. Il existe un certain nombre de dialectes flottants, si j'ose le dire, tels que le phénicien, le samaritain, le syro-chaldaïque , le

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