‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 222 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE I

palmyrénien , le nabatéen , les diverses formes de l'idiome rabbinique, qui, suivant les époques, se rapprochent de i'araméen, de l'hébreu, de l'arabe même, et que l'on peut presque à volonté ranger dans l'une ou l'autre de ces catégories. Toute la famille sémitique ressemble à un tableau mouvant, où les masses de couleurs, se fondant l'une dans l'autre, se nuanceraient, s'absorberaient, s'étendraient, se limiteraient par un jeu continu. C'est une action et une réaction réciproques, un échange de parties communes, une végétation sur un tronc commun, où chacun des rameaux isolés s'assimile tour à tour les parties qui ont servi à la vie de l'ensemble, s'accroît, fleurit, se dessèche, meurt, selon que des causes extérieures favorisent ou arrêtent son développement.

Dresser une fois pour toutes la statistique d'une famille de langues, en assignant d'une manière absolue à chacun des idiomes qui la composent son individualité distincte , est donc une méthode aussi peu philosophique que si , pour écrire l'histoire universelle , on faisait successivement l'histoire de France , d'Italie, d'Espagne, et qu'on prétendît trouver dans ces annales, prises à part, des ensembles complets et parfaitement homogènes. La création et l'extinction des idiomes ne se fait pas à un moment précis ni par un acte unique, mais par d'insensibles changements, au milieu desquels le point de transition est insaisissable. Sans doute il y a un certain moule imposé , d'où une langue , quelles que soient ses transformations, ne peut jamais sortir; mais ce moule n'est autre que le type de la famille à laquelle la langue appartient, et dont aucun effort ne saurait l'affranchir. Qu'après toutes ses transformations on dise que la langue est différente ou qu'elle est la même, ce n'est là qu'une question de mots, dépendant de la manière plus ou moins étroite dont on entend l'identité :

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l'être vivant, qui, par un intime renouvellement, a changé plusieurs fois d'atomes élémentaires, est encore le même être, parce qu'une même forme a toujours présidé à la réunion de ses parties.

Les vues de Geoffroy Saint-Hilaire sur la dégradation des types sont encore plus applicables à la linguistique qu'à l'histoire naturelle. De même que, dans le règne animal, on voit un organe très-développé chez une espèce diminuer insensiblement chez les espèces voisines et arriver à n'être plus qu'un rudiment méconnaissable, qui finit par disparaître à son tour dans l'échelle des êtres; de même la philologie démontre que les procédés grammaticaux ont leur région linguistique et s'évanouissent d'une langue à l'autre par des dégradations successives. Tel mécanisme qui dans un idiome donné offre un développement considérable , perdant peu à peu de son importance, arrivera dans d'autres langues de la même famille à n'être plus qu'un germe insignifiant. Souvent même ce germe rudimentaire devra être cherché , non pas dans les organes qui semblent parallèles, mais en suivant des analogies plus secrètes. La main, instrument de préhension chez l'homme, devient pied chez le quadrupède, aile chez le cheiroptère, tandis que chez l'oiseau et le poisson elle est réduite à peu de chose ou défigurée; le bras, au contraire, devient aile chez l'oiseau, nageoire chez le poisson. Les fonctions subissent souvent dans les langues des interversions non moins bizarres. Ainsi les formes du verbe sémitique, qui semblent analogues aux voix des verbes grecs et latins, n'y répondent pas en réalité, mais bien à des procédés qui, dans les langues indo-européennes, n'ont qu'une importance secondaire , tels que l'itératif, le factitif, etc. L'expression des temps et des modes, pour laquelle les langues ariennes déploient tant de ressources, ne se fait

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