‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 225 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE I

extension dans l'araméen. Le procédé qui consiste à donner un passif à chaque forme par le simple changement des voyelles, procédé qui, en arahe, s'applique à toutes les formes, n'appartient qu'à deux de celles de l'hébreu, et est inconnu à l'araméen, qui, du reste, emploie un procédé qu'on peut regarder comme plus avancé et plus complet que celui de l'hébreu. Le mécanisme du futur Jiguré, qui offre en arabe tant de richesse et de variété , et supplée presque à l'absence des modes, se retrouve à l'état rudimentaire dans les futurs apocopes et paragogiques de l'hébreu, et manque en araméen. Les temps composés, dont l'hébreu offre quelque trace dans l'emploi du vav conversif ou du verbe n\n, forment un procédé régulièrement développé en araméen et en arabe. Il en est de même de la formation du présent araméen avec n"»K , mot qui se retrouve dans le c?"» des Hébreux. Le nombre duel , qui se rencontre à peine dans le syriaque ', a déjà en hébreu une certaine importance : il est employé dans les substantifs , mais ne s'applique ni aux verbes , ni aux adjectifs , ni aux pronoms , et , parmi les substantifs mêmes, ceux-là seuls en sont susceptibles qui expriment des idées duelles; en arabe, au contraire, il a tout son développement et se retrouve dans le pronom, l'adjectif, le verbe. L'état emphatique , d'un autre côté , si important en araméen, n'a qu'un rôle insignifiant en hébreu, et se confond, en arabe, avec les flexions casuelles. L'emploi du féminin pour remplacer le neutre et le pluriel inanimé, la construction des termes circonstanciels et inchoatifs , toute la théorie des compléments du verbe envisagés comme régimes directs, le mé-

• Le syriaque n'a que deux ou trois mots qui prennent le duel. Quant aux duels du chaldéon biblique , comme ils ne sont indiques que par les points- voyelles, on pourrait croire qu'ici, comme dans beaucoup d'autres cas, les Massorètes ont cherché à modeler le chaldéen sur Thébrea.

canisme du masdar, l'emploi de certaines conjonctions avec des régimes et des affixes, toutes propriétés caractéristiques de l'arabe , se retrouvent en hébreu , mais seulement à l'état rudimentaire. Les substantifs formés à l'aide de terminaisons finales exprimant des nuances abstraites sont assez rares en hébreu et très-communs en araméen et en arabe. Enfin , grâce à une fécondité exceptionnelle, l'arabe a ajouté au fonds commun de la grammaire sémitique une série de procédés qui lui sont propres, et que les langues ses sœurs ont toujours ignorés, comme les cas, le comparatif, les formes particulières des noms d'unité, d'individualité, de spécification, d'abondance, les pluriels de paucité, les formes d'adjectifs ou de verbes pour exprimer les qualités accidentelles ou habituelles, les défauts corporels, les couleurs, le désir, l'afi'ectation, la demande, l'intensité , les professions , etc. et une foule d'autres relations délicates que nos langues ne savent exprimer qu'indirectement. Aucune langue ne l'égale en ce genre de richesse; c'est, par excellence , la langue des mécanismes réglés et des formes constantes.

A ce progrès de richesse et de développement il faut aussi ajouter, dans les langues sémitiques , un progrès d'adoucissement et d'harmonie. Les langues, en général, usent peu à peu leurs aspérités; Cicéron, dont l'instinct philologique était parfois assez délicat, a fort bien établi cette vérité pour la langue latine [Orat. ch. xlvii) ^; toute la dérivation des langues romanes repose sur le même principe. On ne peut pas dire que dans les langues sémitiques cette loi ait la même importance que dans les autres familles , ni qu'elle y ait produit des changements comparables à ceux qui ont signalé le passage du latin à l'italien, du sanscrit au pâli; elle s'y vérifie

* Voir aussi Ducios, Commentaire de la Gramm. de Port-Royal, t" part. chap. i.

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