‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 226 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE I

pourtant sur de nombreux exemples. L'hébreu de la captivité a déjà des formes plus douces que l'ancien hébreu; le chaldéen de la même époque et des époques postérieures affaiblit encore davantage les articulations, et enfin l'arabe arrive par la suite du temps au plus haut degré d'harmonie. Les sifflantes, par exemple, ont une tendance manifeste à s'adoucir : le 2 se change en tr ou en î 4 pnjî devient pnt» ou pHT; pys devient pyr; y"?» devient îVi*. Il en est de même des gutturales : le n des anciens Hébreux s'est changé en a dans un grand nombre de formes et de mots appartenant à l'hébreu des dernières époques, au chaldéen ou à l'arabe, par exemple dans les formes hiphil, hophal et hkhpahel, dans l'article, dans l'orthographe de plusieurs mots : ]M2it pour ]'Dri {^Jérém. lii, i5). Le n se change en n, le y en N : D3y = C3K; "73 pour Vn?, forme babylonienne de "jya; ]ni hébreu, en syriaque yOi^ etc. Les gutturales sont la partie la plus faible d'une langue et celle qui tombe le plus vite ; aussi les langues renferment d'autant plus de gutturales qu'elles sont plus primitives. La prononciation forte et pleine des peuples anciens s'affaiblit dans des bouches qui s'ouvrent à peine et dévorent toutes les articulations vives; la langue grecque, qui, à son état parfait, possède si peu d'aspirations, en avait beaucoup plus à l'originel Le petit nombre de dialectes sémitiques qu'on peut envisager comme des patois populaires, le samaritain, le galiléen, le mendaïte, ont pour trait caractéristique de négliger les différences des gutturales et de les confondre toutes en un son uniforme et adouci.

A l'inverse des langues indo-européennes, les langues sé-

' Matthis, Gramm. raitonnée de îa langue grecque , 1 1, p. ItS (trad. franc.).

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mitiques se sont enrichies et perfectionnées en vieillissant. La synthèse n'est pas pour elles à l'origine , et ce n'est qu'avec le temps et par de longs efforts qu'elles sont arrivées à donner une expression complète aux opérations logiques de la pensée. Les langues sémitiques, envisagées dans leur ensemble, sont des langues essentiellement analytiques. Au lieu de rendre dans son unité l'élément complexe du discours, elles préfèrent le disséquer et l'exprimer terme à terme. Elles ignorent l'art d'établir entre les membres de la phrase cette réciprocité qui fait de la période comme un corps dont les parties sont connexes, de telle sorte que l'intelligence de l'un des membres n'est possible qu'avec la vue collective du tout. Elles n'ont point eu à secouer le joug que la pensée compréhensive des pères de la race arienne imposa à l'esprit de leurs descendants. La clarté merveilleuse avec laquelle la race sémitique aperçut tout d'abord la distinction du moi, du monde et de Dieu, excluait cette intuition vaste et simultanée des rapports. La phrase hébraïque est un chef-d'œuvre d'analyse logique, et l'on est surpris d'y trouver à chaque pas les tours explicites, les gallicismes, si j'ose le dire, qui semblent le partage des langues les plus positives et les plus réfléchies.

C'est parce que les langues sémitiques furent analytiques dès le premier jour qu'on ne remarque pas chez elles, d'une manière à beaucoup près aussi sensible que dans les langues indo-européennes, la tendance à remplacer les flexions par le mécanisme plus commode des temps composés et des particules. Cette loi si remarquable, qui a déterminé, dans le sein de la famille indo-européenne , la formation de deux et quelquefois de trois couches de langues sur un même fond lexicographique et grammatical , n'estpas dominante dans les langues sémitiques. Ni l'hébreu, ni l'araméen, ni même l'arabe n'ont produit d'i-

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