‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 233 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE I. hh · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE I. hh

devient de droit commuD, au grand scandale des grammairiens. De là, à côté de l'arabe littéral, qui demeure le partage exclusif des écoles, l'arabe vulgaire, d'un système beaucoup plus simple et moins riche en formes grammaticales. Mille nolations délicates y ont disparu, et la langue semble rentrer dans l'ancien cercle sémitique, au delà duquel elle avait fait une si brillante excursion.

Mais que devient la langue ancienne ainsi remplacée dans l'usage vulgaire par le nouvel idiome? Son rôle, pour être changé, n'en est pas moins considérable. Si elle cesse d'être l'instrument du commerce habituel de la vie, elle reste la langue savante et presque toujours la langue sainte du peuple qui l'a décomposée. Fixée d'ordinaire dans une littérature antique, dépositaire des traditions religieuses et nationales, elle sera désormais la langue des choses de l'esprit. Chez les nations orientales, où le livre ancien ne tarde jamais à devenir sacré, c'est toujours à la garde de cette langue obscure, à peine connue, que sont confiés les dogmes religieux et la liturgie. La race sémitique, en particulier, ayant marqué sa trace dans l'histoire par des créations religieuses, c'est principalement en qualité de langues sacrées que les langues sémitiques sont arrivées à un rôle important. Grâce au judaïsme, au christianisme, à l'islamisme, l'hébreu, le samaritain, le chaldéen, le syriaque, le ghez, l'arabe littéral vivent encore comme organes d'une liturgie, comme idiomes d'un livre sacré, ou d'une version de la Bible, que son antiquité a entourée, aux yeux du peuple, d'un prestige de sainteté. C'est à la forme donnée par cette première littérature que chaque nation a voulu demeurer invariablement attachée.

Le même fait se reproduit, mais avec des modifications pro-

fondes, chez les nations occidentales. Ce qui est langue sacrée pour les Orientaux, qui ne conçoivent la science que comme une partie de la religion, est langue classique chez les nations européennes. A vrai dire, ces deux rôles ne sont pas distincts : soit sous forme de langue sacrée, soit sous forme de langue classique, qu'elle se réfugie dans les temples ou dans les écoles, la langue ancienne reste l'organe de la religion, de la science, souvent même des actes civils et administratifs, c'està-dire, de tout ce qui s'élève au-dessus de la vie ordinaire. C'est ainsi que l'arabe littéral et le ghez s'emploient encore dans les lois, dans les ordonnances, dans toutes les pièces officielles. Les Arabes, pour leur correspondance un peu soignée, se rapprochent môme beaucoup du style littéral : tant il est vrai que ces peuples regardent la langue ancienne comme étant seule susceptible d'être écrite.

Les Sémites , en revenant sans cesse pour l'usage littéraire à une langue morte, n'ont donc fait que subir la loi générale qui impose à tous les peuples une langue classique , et les condamne à n'enseigner guère dans leurs écoles qu'un idiome depuis longtemps tombé en désuétude. Lors même que l'idiome vulgaire s'enhardit à toucher aux choses intellectuelles, la langue ancienne n'en conserve pas moins un caractère spécial de noblesse. Elle subsiste comme un monument nécessaire à la vie intellectuelle du peuple qui l'a dépassée, comme une forme antique dans laquelle la pensée moderne devra venir se mouler, au moins pour le travail de son éducation. Les langues dérivées en effet, n'ayant pas l'avantage de posséder leurs racines en elles-mêmes comme les langues de première formation, n'ont d'autre répertoire de mots que les langues anciennes. C'est là qu'au xvf siècle le français alla puiser, comme dans son domaine propre, une foule de vocables in-

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