‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 240 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

rant à porter l'analyse au delà des limites qui lui sont naturellement assignées. M. Delitzsch suppose que les racines trilitères se sont formées par l'addition de préfixes ou de suf* fixes : il oublie que le manque absolu du mécanisme det verbes composés de prépositions est un des traits qui caractérisent les langues sémitiques. Comment , si un tel mécanisme avait présidé à la formation de ces langues, n'en resterait -il pas quelques vestiges? Gomment un organe aussi essentiel se serait-il complètement atrophié? M. Pott, dans les remarques qu'il a faites sur le système que nous critiquons, observe avec raison que les consonnes auxquelles M. Delitzsch attribue le rôle de préfixes n'ont rien de déterminé et ne forment pas de catégories significatives, en sorte que toutes les lettres, à leur tour, peuvent jouer ce rôle^; il aurait pu ajouter que ces préfixes ne figurent en aucune façon dans la liste des particules sémitiques : or l'emploi indistinct de toutes les lettres comme préfixes , sans qu'il s'y attache aucune acception régulière, est contraire aux principes les plus essentiels du langage^. Il faut dire aussi que les éléments "sur lesquels M. Delitzsch pratique ses dangereuses opérations sont loin d'être eux-mêmes d'une parfaite authenticité. Parfois il suppose des racines fictives qui n'ont peut-être jamais existé; trop souvent enfin il cherche des exemples de racines sémitiques dans l'hébreu moderne; or, quel que soit l'intérêt de cette langue, il faut avouer que c'est là une source de renseignements bien suspecte pour le problème qui nous occupe; plusieurs des mots rabbiniques que M. Delitzsch compare au grec et au

' PoU, îoc. àL — Cf. Ewald , Jahrb. der bibl Wissenscha/t, t. IV (i 852), p. 28 , 99. — M. Fûrst avoue, du reste, cet étrange principe. [Libror. Sacr. Concord. prajf. p. XI.)

* Les explications de M. Steinthal sur ce sujet {Z. der d. m. G. 1857, p. 4 07 et suiv.) ne sont pas plus satisfaisantes.

latin ^ sont empruntés eux-mêmes au grec et au latin ! C'est comme si, au lieu du sanscrit, on avait pris pour base de la philologie indo-européenne cette langue de formation tertiaire, mêlée d'éléments de toute provenance, qu'on appelle riiindoustani.

Malgré l'affectation de MM. Fûrst et Delitzsch à en appeler sans cesse à la méthode de la philologie comparée, nous croyons donc leur tentative en contradiction avec les principes les plus arrêtés de cette science. Leur procédé, ils ne s'en cachent pas, est celui de Platon dans le Cratyle. Supposant les mots formés d'une manière logique, ils aspirent à dresser la théorie absolue du langage, à en trouver le secret primitif et à éclaircir toutes les langues les unes par les autres : c'est reculer volontairement d'un siècle en arrière. On ne saurait non plus tenir compte de l'essai de M. WùHner ^ qui prétend déduire le langage de l'interjection, et prouver ainsi l'identité primitive de toutes les familles de langues; ni de celui de M. Dietrich (de Marbourg) ^, qui s'appuie principalement sur l'examen de certaines catégories de mots , tels que les noms d'herbes, de membres du corps, etc. ni de celui de M. Bœtticher*, qui, tout en portant dans l'analyse des racines sémi-

^ Je»«ru», p. 107-108.

* Ueber die Verwandtschaft des Indogermanischen , Semitischen und Tibetanischen, nebst einer Einleitung ûber den Ursprung der Sprache; Munster, i838. — Conf. Pott, loc. cit.

^ Abhandlungen fur semitiscfie Wortforschung ; Leipzig, iSUh. — Abhandlungen zur hebràischen Grammatik; Leipzig, i846.

* Wui-zelforschungen (Halle, iSSa) et On the classification 0/ seniitic roots, appendice B au tome II des Outlines de M. Bunsen. On peut rattacher à la même méthode \e Hebràisches Wurzelworterbtich d'Ernest Meier (Manheim, i845) et l'essai de M. Donaldson , dans le Report of the Brit. Associât, for the advancement of science ( i85i), p. 1 /i5 et suiv. Je ne cite pas quelques essais écrits en français cl tout à fait dénués de valeur scientifique.

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