LIVRE V, CHAPITRE II
tiques une méthode meilleure que celle de MM. Fùrst, Delitzsch, WùUner, ne me paraît pas avoir satisfait à toutes les exigences d'une sévère philologie.
A côté de ces recherches systématiques et téméraires, il en est d'autres moins ambitieuses, dont les auteurs, sans aspirer à révéler le mode primitif d'éclosion des langues sémitiques et indo-européennes, se contentent de signaler entre les deux familles, soit des analogies générales, soit des rapprochements de détail, et concluent de ces rapprochements, non une dérivation positive, comme le voudraient MM. Fùrst et Delitzsch, mais un air général de parenté, une affinité anté-grammaticale. Les philologues dont nous parlons supposent que les peuples sémitiques et indo-européens, sortis d'un même berceau, auraient d'abord parlé en commun une même langue rudimentaire analogue à la langue chinoise, et dont les éléments se retrouveraient dans les radicaux bilitères de l'hébreu; ce sont, en effet, ces radicaux bilitères qui offrent avec les langues indo-européennes les rapprochements les plus acceptables. Les deux races se seraient séparées avant le développement complet des radicaux , et surtout avant l'apparition de la grammaire. Chacune aurait créé à part ses catégories grammaticales , sans autre rapport qu'une certaine similitude de génie. Telle est l'opinion à laquelle semblent se ranger MM. Bopp, G. de Humboldt, Ewald, Lassen, Lepsius, Benfey, Pott, Keil, Bunsen, Kunik, Steinthal, etc. ^ Elle obtenait, jus^-
' Cette hypothèse avait été entrevue par Fr. Schl^el, PkQos. Vorletungen inrhes. ùber eUe Phil. der Spr. p. 8/i. — Conf. £wald, Augfuhrliches Lehrbuch der hebr. Spraehe, p. 34 et suiv. (6* édit.) — Lassen, Indisehe Alterthumskunde , t. I, p. 5q8. — Pott, dans VEneycl. d'Ersch et Gruber, art. Indogerm. Spraehstamm,l. c. — Kunik, dans ies Mélanges asiatiques de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, L I, p. 5i5 et suiv. — Bunsen, Outlines, L I, p. 172 et suiv. a&a et suiv. — Steinthal, dans \e Z. der d. m. G. (1857), p. 899 et suiv.
qu'à un certain point , l'assentiment d'Eugène Burnouf, bien que cet excellent esprit hésitât dans une voie aussi périlleuse , et qu'il n'ait pas peu contribué à m'inspirer, sur ce point, une réserve qu'au début de mes études philologiques je ne gardais pas autant qu'aujourd'hui.
S II
Observons d'abord que sur la question grammaticale il n'y a qu'un avis. Les linguistes qui ont le plus exagéré la thèse des affinités entre les langues indo-européennes et sémitiques ont reconnu que les systèmes grammaticaux de ces deux familles étaient profondément distincts , et qu'il est impossible de faire dériver l'un de l'autre par les procédés de la philologie comparée. Si l'on excepte les principes communs à toutes les langues, ou du moins au plus grand nombre, et qui ne sont que l'expression même des lois de l'esprit humain, à peine reste-t-il un mécanisme grammatical de quelque importance qui se trouve dans les deux familles. La formation de la conjugaison par l'agglutination des pronoms personnels à la fin de la racine verbale est un mécanisme si naturel qu'on ne peut l'envisager comme une particularité démonstrative. Il existe , sans doute , une foule d'idiotismes d'expression et de syntaxe qui appartiennent également aux deux groupes'; mais on n'en saurait rien conclure, puisque ces idiotismes ont tous quelque raison psychologique, et que, d'ailleurs, les langues qui sont parvenues à un degré de culture analogue offrent entre elles, pour le tour, des ressemblances plus ou moins marquées.
' Gesenius, Gesch. der hebr. Sprache, S 18, 3. — J. A. Ernesti, Opuscula pUlologica (Lugd. Bat. 1776), p. 171 et suiv.