‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 243 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

pehlvi présente un exemple de combinaison linguistique bien plus profonde ; mais les problèmes que soulève cet idiome singulier sont encore si loin d'une solution, qu'on hésite à le faire intervemr dans les discussions de philologie comparée. Au contraire, quand il s'agit de langues simples et primitives, on ne saurait expliquer que la grammaire d'une famille se retrouve dans une autre famille séparée du lexique. Pour maintenir cette opinion , il faudrait soutenir que les Chamites vécurent en société avec les Sémites longtemps après que ceux-ci se furent séparés des Ariens, puisque la grammaire, qu'on suppose s'être développée à une époque plus moderne, est analogue entre les Chamites et les Sémites, différente entre les Sémites et les Ariens; mais alors, à plus forte raison, le dictionnaire , qu'on suppose antérieur à l'apparition de la grammaire, devrait être analogue chez les Sémites et les Chamites : or le dictionnaire sémitique et le dictionnaire copte n'ont rien de commun. Au milieu de ces profondes obscurités, l'hj^pothèse d'un emprunt très-ancien au moyen duquel les langues africaines , par elles-mêmes très-imparfaites , se seraient complétées en s'appropriant le système sémitique de la conjugaison , des pronoms et des noms de nombres , est encore la plus acceptable. Le copte, le berber, le galla et les diverses langues de l'Afrique orientale nous apparaissent, à l'égard des langues sémitiques, dans une même position de vassalité ^

Il faut donc renoncer à chercher un lien entre le système grammatical des langues sémitiques et celui des langues indoeuropéennes. Ce sont deux créations distinctes et absolument séparées. Or, dans l'œuvre du classement des langues, les considérations grammaticales sont bien plus importantes que

' Voy. d-dessas, p. 80 et suir. 90, 338-34o.

les considérations lexicographiques. On citerait beaucoup de langues qui ont enrichi ou renouvelé leur vocabulaire , mais bien peu de langues qui aient corrigé leur grammaire ^ Le syriaque a pu combler les lacunes de son dictionnaire en y entassant les mots grecs , jamais suppléer par un temps nouveau à l'imperfection de son système de conjugaison ; le turc a pu charger son dictionnaire de mots arabes et persans, jamais modifier sa grammaire tartare. Le français a pu, au xvi*' siècle, s'enrichir d'une foule de mots empruntés artificiellement aux langues anciennes, et tous les efforts des poètes et des rhéteurs de ce temps n'ont pu lui donner le simple procédé de la composition des mots ; si bien que , pour faire des mots composés , nous sommes obligés , comme Ronsard , de parler grec et latin. Les langues sémitiques ont, de même, beaucoup plus changé dans leur vocabulaire que dans leur grammaire, et l'on s'exposerait à de grandes erreurs si l'on prenait comme des éléments primitifs toutes les racines que l'arabe, l'araméen, le rabbinique ajoutent au fonds de l'ancien hébreu.

La grammaire est donc la forme essentielle d'une langue, ce qui en constitue l'individualité. Le tort de l'ancienne école était de négliger cet élément essentiel pour suivre la voie de l'étymologie , voie doublement trompeuse , d'abord parce que l'identité des racines ne peut jamais être constatée avec une entière certitude , au milieu des rencontres fortuites et des homonymies dont le langage est rempli; en second lieu,

* Une expérience vulgaire confirme ce résultat. Un homme transporté hors de sa patrie, surtout si on le suppose incapable d'apprendre une langue autrement que par l'usage , parviendra au bout de quelque temps à n'employer que des mots reçus dans le nouveau pays qu'il habite. Mais lui demander de se déshabituer de son tour étranger, de ses idiotismes nationaux, c'est lui demander l'impossible. Cea tours ont vieilli avec lui et se sont, en quelque sorte, assimilés à sa pensé?

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