‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 244 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE II. û · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II. û

parce que, de l'identité d'un certain nombre de radicaux, on ne saurait rien conclure pour l'affinité originelle des langues auxquelles les radicaux appartiennent, puisqu'on peut toujours se demander s'il n'y a pas eu quelque emprunt de l'une à l'autre. Ces considérations ne tendent nullement à déprécier l'étymologie , quand elle est conduite suivant une méthode vraiment scientifique, mais seulement à inspirer une crainte salutaire sur les résultats hâtifs d'une comparaison verbale trop complaisante, qui nous ramènerait, par une autre voie, aux temps de Goropius Becanus et de Court de Gébelin.

On ne peut nier que plusieurs des racines essentielles et monosyllabiques des langues sémitiques ne se prêtent à des rapprochements séduisants avec les racines des langues ariennes. Le tort que M. Fùrst et son école ont fait à cette thèse par leurs analyses artificielles ne doit pas nous porter à rejeter d'autres analogies, qui ont frappé les meilleurs esprits. Nous admettons volontiers que les langues sémitiques et indo-européennes ont en réalité un assez grand nombre de racines communes , en dehors de celles qui proviennent d'un emprunt fait à une époque historique. Seulement, est-on en droit de conclure de l'existence de ces racines l'unité primitive ou antégrammaticale de deux familles? Ici le doute commence, et il n'est guère permis d'espérer que la science arrive jamais sur ce point à des résultats démonstratifs.

La plupart, en effet, des racines communes aux deux familles ont une raison secrète dans la nature des choses, et souvent on peut entrevoir la cause qui, de part et d'autre, a produit l'identité. Presque toutes ces racines appartiennent à la classe des onomatopées bilitères et monosyllabiques, que

im HISTOIRE DES LANGUES SÉMITIQUES.

l'on retrouve sous les radicaux trilitères actuellement existants, et dans lesquelles la sensation originaire semble avoir laissé son empreinte. Est-il surprenant que, pour exprimer l'action matérielle , l'homme primitif, encore si sympathique à la nature, à peine séparé d'elle, ait cherché à l'imiter, et que l'unité de l'objet ait partout entraîné l'unité de l'imitation? Sans doute cette unité a dû souffrir de nombreuses exceptions; car le fait physique offre plusieurs faces sous lesquelles il a pu être simultanément envisagé ; mais parmi ces faces il en est une qui a frappé de préférence les habitants de tous les climats; c'est celle-là qui a laissé sa trace dans la langue de tous les peuples, et est restée comme le témoin des impressions primitives qui déterminèrent partout l'apparition du fait de la parole.

Quelques exemples vont éclaircir et compléter ma pensée : La racine vb ou n"? sert de fond, dans les langues sémitiques, à une foule de radicaux trilitères, comme ^^b, l'Vi*,

ayV, ^y\y ayS, tv*?» ^O*?» doS ^^\y °r)'?; syriaque :*^, •^,

arabe : (>*i, j^,ytl, e^p, J^, ij^, etc. dans lesquels se retrouve quelque chose de la signification fondamentale de lécher ou à*avalerK Que le choix de ces deux lettres soit parfaitement approprié à l'action physique qu'il s'agissait d'exprimer, c'est ce qui frappe au premier coup d'oeil : la langue et la gorge étant les organes qui jouent le rôle principal dans la déglutition, la linguale b et la gutturale y formaient la plus

* Comparer les ingénieuses observations de M. Sprenger sur ce qu'il appelle la physiologie de la langue arabe dans le Journal of the Asiatic Society of Bengal, i85i. n" a. Les vues de M. l'abbé Leguest sur le même sujet sont complètement dénuées de valeur.

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