LIVRE V, CHAPITRE IL
parfaite imitation qui se puisse imaginer de l'action d'avaler (i**?, gula). Puis, grâce aux procédés flexibles et lâches des langues populaires, la racine, avec des modifications diverses et en s'adjoignant des lettres plus ou moins appropriées à la nuance qu'on voulait rendre, a désigné tous les mouvements de la bouche et les actions qui s'opèrent au moyen de cet organe. Or cette même racine yh ou nV , nous la retrouvons dans la plupart des langues indo-européennes avec le même sens : sanscrit : TFf^ (lécher), cTH" (goûter), rft^( parler); Xe/^w, XiXJiao); lingo, ligurio, lit^rua, gula [gl), glutio; lecken, îechzen; to lick; leccare; lécher; celt. loukan, et, avec l'addition des labiales b eti», Dn'?, Uîh ,lamhere , \ai(i6sj Xœjilaj labium, sanscr. FfTT , pers. t-J, allem. Lippe, etc. L'imitation de l'action naturelle a été évidemment la cause commune qui a déterminé des langues si diverses à exprimer la même idée par les mêmes articulations.
Autres exemples : Vbj, VVk, Jp^, etc. expriment l'acclamation d'une multitude, et offrent une analogie frappante avec bXoXvletVf dXaXa^etVj taXe(xos, ejulare, ululare, etc. tous imita-
tifs d'un cri prolongé. Il en est de même de 33^, syr. jL^i^Oi* = «cclangor tubae, v «^1 , qui correspondent à ^afx&xîvcoj /Satîieiv, ^ouoy etc.
•73 est la base de radicaux plus nombreux encore , marquant tous l'action de rouler. Comparez d^3 = glomus, ghmerare, globus, xvXta)f xvktvSat, etc.
ID = idée de frapper. Ti3 , nns = cudere, percutere, quatcre, etc.
K'ji? = crier. Cf. xpâ^v, xvçva-crw (xpay=x)7puy), kràhen.
pncf = siffler : avptlca, <7vpiy^j etc.
ïjVs = xoXaw7«.
ï]Dn = TU7r7ci>; f|f1 = TVfinavoVf Txnzavov.
1*13, F|"}V, l"in, etc. =. greifen, carpo, grijfe, dpTtd^Wy persan : (jjvjp = saisir.
y 11 = tanzen, danza, slave : tantcc.
2yS ( démembrement du radical y V ) , balbutier, et , par suite : «balbutiendo imitatus est per ludibrium, irrisit; » chald. j'jj'?, «irrisit. » Cf. ysXctM, )(Xsvt], ^Xsvdlcû, go th. hlahjan, lachen.
•??: (famille bsK, Vdn, nVn, baj ./a/, èa/, marquant faiblesse, chute). Comparez a-(pa.l'kct), fallo , fallen, et peut-être labi, par transposition.
On peut ajouter à cette liste les mots 3N, père, nx, mère. Le b et Vm sont dans presque toutes les langues les deux lettres consacrées aux noms du père et de la mère , la première à cause de la facilité de sa prononciation labiale, la seconde, parce qu'elle résulte de l'action même de l'enfant qui suce la mamelle {^mamma)^. Dans les langues indo-européennes, cependant, les deux mots piVn, mafn paraissent appartenir à deux radicaux significatifs , pâ, ma.
On saisit clairement dans quelques-uns des exemples qui viennent d'être cités la trace d'un des procédés qui durent exercer l'influence la plus décisive sur la formation du langage. Dès lors il est impossible d'en tirer aucune conséquence sur l'unité primitive des deux familles, puisque les mêmes causes ont pu produire de part et d'autre des effets semblables. N'effaçons pas les faits , toutefois , pour nous soustraire aux difficultés , et avouons que , parmi les racines qui paraissent communes aux langues indo-européennes et aux langues sémitiques, il en est un certain nombre où la raison d'onomatopée est beaucoup plus difficile à saisir. Voici quelques-unes des assimila-
' Gcsenius, Lehrgebàude, p. A 79. — Ewald. Ausfûrl. Lehrbtich, p. 286. La letb-c t serL aussi dans plusieurs langues à former le nom du père.