‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 25 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IL

fantent ces sortes de légendes , qui se combinent d'ordinaire avec les traits saillants de la physionomie géographique et ethnographique du pays.

Quoique l'émigration de Tharé nous soit présentée comme purement spontanée, il est naturel de supposer que les causes déterminantes de ce grand fait et d'une foule d'autres mouvements analogues furent la pression des races qui s'accumulaient vers le Caucase, et la création de grands empires non sémitiques sur le cours du Tigrée Nemrod, la première personnification de la force conquérante et brutale aux yeux des Sémites, est représenté sous des traits de violence ( Ge/j. x , 8-10). La fondation de Babylone est réprouvée bien plus vivement encore , comme une œuvre d'orgueil , une révolte contre Dieu [Gen. XI, 1-9). Ces constructions gigantesques, cette puissante organisation de la force, ce despotisme, oiî le roi usurpait la place de Dieu , devaient être souverainement antipathiques aux mœurs simples, à la fierté, aux goûts d'indépendance , à la religion élevée, qui ont toujours distingué les Sémites purs. Aussi les grands faits auxquels se rattachent les noms de Nemrod, d'Assur, de Ninus, nous apparaissent-ils comme des faits anti-sémitiques , du moins relativement aux Térachites restés fidèles aux habitudes patriarcales, et sommes-nous incliné à y voir la cause du mouvement qui porta les Sémites de l'Arménie et du Kurdistan vers les régions du sud, mieux appropriées à leur vie nomade. Incapables, en effet, de toute organisation militaire, ils avaient besoin du désert pour se défendre. Voilà pourquoi, tandis que dans le nord ils ne surent que plier, à toutes les époques, devant les grandes puissances des bords du Tigre, au midi ils eurent le privilège, presque

' Kunik, Mélanges atiat. publiés par rAcadémie de Saint-Pétersbourg, t. I, p. 530 et suiv. (i85i).

unique dans le monde, de n'être jamais atteints par la conquête étrangère.

Quelles furent les races dont la pression détermina ce mouvement des Sémites, qu'on peut fixer approximativement à l'an 2000 avant l'ère chrétienne? Dans l'Arphaxad, ce furent sans doute des Ariens : tout porte à croire, en effet, que les Kasdes appartenaient à la race indo-européenne. Peu de temps après le passage de l'Euphrate par les Térachites, nous voyons une invasion de chefs qui paraissent ariens pénétrer jusqu'au cœur des pays sémitiques [Gen. ch. xiv)^. Mais sur le Tigre ce furent sans doute des Couschites, des Céphènes, ou, de quelque nom qu'on veuille les appeler, des peuples appartenant à ce troisième élément ethnographique, ni sémite ni arien, qu'il faut admettre dans l'histoire delà civilisation de l'ancien monde. Nemrod ( Gen. x, 8) est expressément rattaché à Cousch, et, en effet, on retrouve son nom dans la série des dynasties égyptiennes^. Ainsi, parle plus grand des hasards, il y aurait quelque vérité dans la fable racontée par Tacite , et d'après laquelle les Hébreux seraient ç^TEthiopum proies, quos, rege Cepheo, «raetus atque odium mutare sedes perpulerit^. » Le caractère de l'ancienne civilisation assyrienne , qui se rapproche parfois de celle de l'Egypte*, s'éloigne presque autant de la civilisation arienne que de celle des Sémites. Peut-être la race gigantesque et impie des Nefilim {^Gen. vi, i-4), issue, selon la tradition hébraïque , de démons incubes , et dont les crimes ame-

' Cf. Kunik, Mélantres asiatiques, t. I, p. 611 et suiv. et les observations do M. Tuch dans la Zeitschrift der deulschen morgenlœndischen Gesellschaft , 1. 1 , p. 1 6i et suiv. (18/16).

* Lepsius, Einleitung zur Chronologie dei- /Egyptei; I, p. 228. => Hàl. 1. V, c. II.

* Lepsius, loc. cit. — Kunik , op. cit. p. 5 1 1 et suiv.

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