‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 26 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IL

oèrent le déluge, nous représente-t-elle le premier contact des Sémites avec ces races étrangères et profanes qui leur apparaissaient comme dénuées de toute religion.

On ne peut douter que les Sémites, en se portant vers le sud et l'ouest, n'aient trouvé sur quelques points des établissements chamites ou couschites antérieurs^. Cela paraît certain, du moins pour l'Yémen et l'Abyssinie : en général , c'est aux Chamites et aux Couschites qu'appartiennent les premières fondations de la civilisation matérielle en Orient. Sur la plupart des points, cependant, les Sémites ne paraissent avoir trouvé à leur arrivée que des races à demi sauvages, telles que les Refiâm, les Zomzommim^ ^ etc. qu'ils exterminèrent. De là vient la grande pureté de leur langue et de leur sang. N'ayant contracté aucune alliance avec les premières couches de populations, ils restèrent dans la simplicité primitive, et n'admirent dans leur sein presque aucun élément étranger. On peut dire que le contact vraiment fécond des Sémites et des peuples voisins n'a commencé que vers le vu' ou le viii* siècle avant l'ère chrétienne. Du haut de leur monothéisme, ils regardaient en pitié, comme le font encore aujourd'hui les juifs et les musulmans, ceux qui n'adoraient pas Dieu d'une manière aussi épu-

• Voir, sur ce sujet, les ingénieuses recherches de M. le baron d'Eckstein, dans X Athenœvanfrançaii des 2 a avril et 27 mai 1 85 4, et Quest. relat. aux anL detpeupl. $énUt. p. 3o et suiv.

* Le nom des Zomzommim , formé probablement par imilation des sons barbares de leur langue ( comme le mot ^pSapos lui-même) , suffirait pour prouver qu'ils n'étaient point Sémites. Je n'hésite pas à rapprocher ce mot de l'arabe ^^Ji^. Dans presque toutes les langues , le mot qui veut dire étranger vient d'une racine qui signifie bégayer, parler d'une manière confuse. Arab. ^î ; hébr. îi'**? (cf. Gesen.

The», s. h. v.) ; sanscr. mlelcha. (Cf. Kuhn et Aufrecht , ZeitecAn/it/Mr vergleichende Sprachforschung, I, p. 38 1 et suiv. II, 262 et suiv. — Polt, Die Zigeuner, II, SSg, et mon essai sur V Origine du langage , p. 177 et sniv. 2* édit.)

rée. Ceci s'applique surtout à la branche térachite ^ qui s'envisagea de bonne heure comme le peuple de Dieu, et qui fit la première le mot nations synonyme de païens ( qiu , génies ). Il faut supposer qu'il y eut longtemps dans l'Arphaxad un foyer d'aristocratie patriarcale et monothéiste, qui resta fidèle à la vie nomade, à côté des états constitués des races ariennes et chamites. Même en sortant de ce sanctuaire, les tribus émigrantes se regardaient comme liées envers Dieu par une alliance et un pacte spécial; c'est ainsi que nous voyons Abraham, Isaac, Jacob continuant en Chanaan et en Egypte leur noble vie de pasteurs, riches, fiers, chefs d'une nombreuse domesticité, en possession d'idées religieuses pures et simples, traversant les diverses civilisations sans s'y confondre et sans en rien accepter.

Peut-on se former quelque idée des divisions de la race sémitique à cette époque reculée , et de l'ordre dans lequel les différentes branches qui la composaient se séparèrent les unes des autres? A s'en tenir au x"' chapitre de la Genèse, cette race se diviserait en trois groupes^ : i° groupe araméen ou syriaque; 2° groupe arphaxadite, c'est-à-dire venant d'Arphaxad, et se subdivisant lui-même en Térachites (Israélites, Madianites, Moabites, Ismaélites, etc.) et en Joktanides ou Arabes méridionaux; 3° groupe chananéen, rejeté par l'ethnographe hébreu dans la famille de Cham , mais que l'analogie de langage rattache nécessairement aux Araméens, aux Térachites et aux Arabes. La classification fournie par l'étude des langues serait un peu différente. Le groupe araméen conserve sa phy-

' Conf. Bertheau, Zur Gesch. der Israeliten, p. ai 8 et suîv.

* Il n'est question ici ni d'Eiam, ni d'Assnr, ni de Lud, qui désignent des pays oiî il y a eu sans doute des Sémites , mais qui ne paraissent pas correspondre à des divisions ethniques de la famille elle-même.

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