‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 250 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

présidé à la formation des langues, les mêmes sentiments qui partout ont fait vivre la littérature et la poésie, les mêmes idées qui se sont partout traduites par des mythes divers. Mais faire cette unité intellectuelle et morale synonyme d'une unité matérielle de race , c'est rapetisser un grand principe aux minces proportions d'un fait d'intérêt secondaire , sur lequel la science ne dira peut-être jamais rien de certain.

D'un autre côté, nous reconnaissons volontiers que rien, dans ce qui précède, n'infirme l'hypothèse d'une affinité primordiale entre les races sémitiques et indo-européennes. On ne peut dire qu'une telle hypothèse soit rigoureusement exigée par les faits ; mais elle y suffit et rend compte de plusieurs particularités sans cela difficilement explicables. Quelque distincts, en effet, que soient le système sémitique et le système arien, on ne peut nier qu'ils ne reposent sur une manière semblable d'entendre les catégories du langage humain, sur une même psychologie, si j'ose le dire, et que, comparés au chinois, ces deux systèmes ne révèlent une organisation intellectuelle analogue. Quant au tour que Ton prête d'ordinaire à cette opinion, et à l'expression d'anté-gra/nmaticale que l'on emploie pour désigner l'afiBnité dont il s'agit , je ne puis l'accepter. La théorie générale du langage élève contre cette minière de concevoir les choses d'insurmontables difficultés. S'il est absurde de supposer un premier état où l'homme ne parla pas, suivi d'un autre où régna l'usage de la parole, il ne répugne guère moins de supposer le langage d'abord ne possédant que des radicaux purs , puis arrivant par degrés à la conquête de la grammaire ^ Le chinois, qui naquit sans gram-

^ M. Sleinthal (Z. der. d. m. G. 1867, p. &o&) pense qne ia lar.^e qui a ser\i de souche commune aux idiomes sémitiques et indo-européens avait une gnuiimiire, qui n'était encore ni la grammaire sémitique, ni la grammaire indo-eurcH

maire, est resté sans grammaire jusqu'à notre temps ^ ; on peut affirmer que les langues sémitiques, si remarquables parleur immutabilité, n'eussent jamais réussi à se donner cet élément essentiel, si elles ne l'avaient eu dès le premier jour. Les langues sortait complètes de l'esprit humain agissant spontanément. L'histoire des langues ne fournit pas un seul exemple d'une nation qui , par le sentiment des défauts de son langage, se soit créé un idiome nouveau, ou ait fait subir à l'ancien des modifications librement déterminées. Si les langues pouvaient se corriger, pourquoi le chinois ne serait- il point arrivé à développer complètement dans son sein les catégories grammaticales , que nous regardons comme essentielles à l'expression de la conscience? Pourquoi les langues sémitiques n'auraient-elles jamais su inventer un système satisfaisant de temps et de modes, et combler ainsi une lacune qui rend si perplexe le sens du discours? Gomment se fait-il qu'après des siècles de contact avec des alphabets plus parfaits, et malgré les immenses difficultés qu'entraîne l'absence de voyelles régulièrement écrites, les Sémites n'aient jamais réussi à s'en créer? C'est que chaque langue est emprisonnée une fois pour toutes dans sa grammaire; elle peut acquérir, par la suite des temps, plus de grâce, d'élégance et de douceur; mais ses qualités distinctives, son principe vital, son âme, si j'ose ie dire, apparaissent tout d'abord complètement fixés ^.

péenne; mais ces deux derniers systèmes sont trop profondément distincts pour qu'à aucune époque ils aient pu être réunis en un tronc commun. Il faut lire sur tous ces problèmes délicats les Lectures précitées de M. Max Mûller.

• Le chinois moderne atteint, il est vrai, une plus grande détermination que la langue ancienne, mais ne possède point Ifc principe organique de la grammaire, dans le sens que nous attachons à ce mot • '' «î ■'^' '^ "

* D"^ Wiseman , Discours sur les rapports entrf la iineilce et la religion révélée. (i" discours, sur Thistoire des langues, a' part.)

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