‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 253 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE II. A · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II. A

tous les hommes sont enfants de Dieu et frères, n*a rien à faire avec la question scientifique qui nous occupe ici. Aux époques de symbolisme , on ne p'^uvait concevoir la fraternité humaine sans supposer un seul couple faisant rayonner d'un seul point le genre humain sur toute la terre; mais avec le sens élevé que ce dogme a pris de nos jours , une telle hypothèse n'est plus requise. Toutes les religions et toutes les philosophies complètes ont attribué à l'humanité une double origine, l'une terrestre, l'autre divine. L'origine divine est évidemment unique, en ce sens que toute l'humanité participe, dans des degrés divers, à une même raison et à un même idéal religieux. Quant à l'origine terrestre, c'est un problème de physiologie et d'histoire qu'il faut laisser au géologue , au physiologiste, au linguiste le soin d'examiner, et dont la solution n'intéresse que médiocrement le dogme religieux. La science, pour être indépendante , a besoin de n'être gênée par aucun dogme, comme il est essentiel que les croyances morales et religieuses se sentent à l'abri des résultats auxquels la science peut être conduite par ses déductions '.

De ce que les Sémites se crurent , dès l'époque la plus reculée, en rapport de fraternité avec les autres races, on ne saurait rien conclure pour la question ethnographique, puisque cette fraternité, ils l'admettaient a priori, et non d'après des renseignements historiques. La critique, toutefois, peut sans témérité apprendre aux races ce qu'elles ignoraient elles-mêmes sur leur propre histoire ; elle sait voir dans les traditions ce que la croyance naïve n'y voyait pas. Examinons donc si les plus anciens souvenirs des Sémites , convenablement interprétés, ne nous aideraient pas à retrouver entre eux et les Ariens

' Voiries excellentes réflexions de M. A. de Humboldt sur ce sujet, traduites parM. Guigniaut, Cotmo», t l, p iaa-ASa; conf. tll, p. i3t, i3û-i35.

la trace d'une parenté dont les uns et les autres auraient également perdu la conscience directe.

Ces souvenirs , c'est évidemment dans les premiers chapitres de la Genèse qu'il faut les chercher. Ecrits à une époque fort ancienne et contenant des matériaux bien antérieurs encore à leur dernière rédaction , les premiers chapitres de la Genèse nous représentent, sinon dans tous leurs détails, du moins dans leur ensemble , les traditions primitives de la race sémitique. Or on ne peut nier que sous deux aspects essentiels, sous le rapport de la géographie et des idées mythiques, ces premiers chapitres, jusqu'au x* inclusivement, ne nous placent en dehors du terrain proprement sémitique, et ne nous rapprochent fort du berceau des peuples ariens.

H a été établi précédemment (1. 1, ch. ii, 8 i ) que la plus ancienne géographie historique des Sémites se rapporte à l'Arménie. C'est là que nous trouvons cette race au moment où , pour la première fois, nous avons quelque connaissance précise de ses mouvements ; mais on ne peut croire que l'Arménie soit son berceau primitif : elle garde évidemment le souvenir d'une géographie antérieure , qui ne lui représente rien de bien distinct, et qui flotte mêlée aux vagues souvenirs de son enfance. A l'origine, l'homme apparaît dans un pays à'Eden ou de délices, situé à l'orient. Là se trouve un jardin qui sert à l'homme de séjour. Du pays d'Edensort un fleuve qui arrose le jardin, puis se divise en quatre branches ou canaux. Le nom du premier fleuve est Phison ; il entoure toute la terre de Havila, où est l'or : l'or de ce pays est excellent ; là se trouvent aussi le bedolah (bdellium ?) et la pierre de scholiam (onyx ?)^ Le nom du second fleuve est Gilion; il entoure toute la terre

' Cette idée de richesses minérales attachée à TEden parait avoir existé chez les Hébreux sous une forme plus développée (^Exéeh. c xxviii, v. i S-i /*).

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