LIVRE V, CHAPITRE II
de Cottsch. Le nom du troisième fleuve est Hiddékel (le Tigre); il coule devant l'Assyrie. Le quairiême fleuve, c'est le Phrai (^Gen. II, 8-1 4). Quand l'homme a été chassé du jardin d'Eden, Dieu place devant le jardin des Krubim ou griff'ons (^ypvTres) et une épée de feu (m, ali). Caïn, après son crime, habite une terre de Nodou d'exil , à l'orient d'Eden ^ ; il bâtit une première ville , qui s'appelle Hanok (iv, 16-17). Après le déluge , l'arche s'arrête sur les montagnes d'Ararat (viii, k). Ici nous touchons la région occidentale de l'Asie, d'oij l'histoire biblique ne sortira plus désormais.
Il est évident que cette antique géographie, qui ne correspondait plus à celle des pays habités par les Sémites, perdit de bonne heure sa signification pour eux. La rédaction même de la Genèse en est la preuve. On est porté à croire, en effet, que, parmi les noms primitifs des quatre fleuves, deux au moins ont été changés par les derniers rédacteurs en des noms plus connus ^. Le Tigre et l'Euphrate n'appartiennent pas au même système géographique que le Phison et le Gihon. La même chose est arrivée dans les traditions persanes. La montagne sacrée de Bordj, source de tous les fleuves, et l'Arvand, qui en découle, ont successivement avancé vers l'occident, depuis l'Imaûs jusqu'au Tigre, et l'Euphrate s'est substitué à son tour à des fleuves plus orientaux *. Les races portent avec
' Les expressions DlpD et flDlp , qni reviennent souvent dans ces descriptions, sont obscures. Je ne puis croire qu^elles signiBent bien rigoureusement à l'orient, à l'orient de. . . car pourquoi ne trouverait-on pas aussi quelquefois l'expression 3"iyD0, «i l'occident? II me semble que, dans cette géographie fantastique, pour orienter les lieux, on les mettait simplement à l'orient les uns d» autres, sans qu'on attachât à cela aucune idée bien précise.
* Ewald, Getchichte det V. Isr. t. I, p. 33 1.
' Bumouf, Comment, tur le Yaçna, p. ik'j et suiv. addil. p. CLXxxi et suiv. — Anquetil du Perron, Zendavetta, t. II, p. 78, 3go et suiv.
hlS HISTOIRE DES LANGUES SÉMITIQUES.
elles leur géographie primitive comme leurs dieux, et appliquent cette géographie aux nouvelles localités où elles sont transplantées. Des quatre fleuves du paradis , le Gihon et le Phison seuls méritent donc d'être pris en considération ; mais ils le méritent d'autant plus que ces deux noms, comme ceux de Nod et de Hanok, ne reparaissent plus une seule fois dans la géographie des Hébreux.
Il serait peu conforme à la bonne critique de supposer à ces vieilles notions une rigueur qu'elles n'avaient pas dans l'esprit de ceux qui nous les ont transmises. Cependant, si nous cherchons à déterminer le pays qui satisfait le mieux au thème géographique des premiers chapitres de la Genèse , il faut avouer que tout nous ramène à la région de l'Imaûs , où les plus solides inductions placent le berceau de la race arienne '. Là se trouvent, comme dans le paradis de la Genèse, de l'or, des pierres précieuses, le bdellium ^. Ce point est peut-être celui du monde dont on peut dire avec le plus de vérité que quatre fleuves sortent d'une même source : quatre immenses courants d'eau, l'Indus, l'Helmend, rOxus,le laxarte, s'en échappent, et se répandent de là vers les directions les plus opposées. De fortes raisons invitent à identifier le Phison avec le cours supérieur de l'Indus ^. M. Lassen et M. d'Eckstein ont démontré que le pays de Havila ne peut guère être que la ré-
' Burnouf, op. cit, p. sSo, addit. clxxxv. — Lassen, Indische Alterthunukunde, 1. 1, p. 5a6 et suiv. — A. de Humboldt, Asie centrale, t. I, p. i63; t. II, p. 365 et suiv. — Pictet , Les Origines indo-européennes, i" partie, p. 35 et suiv. — Obry, Du berceau de l'espèce humaine (Paris, i858). (Voy. mon essai sur V Origine du langage, S xi; a' édit. )
^ Vicina est Bactriana , in qua bdelUum nominatissimum. ( Piin. Historia naturalis, XII, lo.) •• ■•*'''■■
' L'opinion qui cherche le Gange dans l'un des fleuves du paradis est inadmissible. Ce fleuve, comme Ta très-bien dit M. d'Eckstein , est tout à fait en dehors du rayon visuel de la haute antiquité. {Athenœuni français , 27 mai i85/i.)