‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 255 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

gion dii haut Indus , ce pays de Darada célèbre dans la tradition grecque et indienne par sa richesse, et où l'on trouve une fouie de noms, entre autres celui de Caboul (les CaboUtœ de Ptolémée ?), qui rappellent celui de Havila ^ Qui sait mênre si l'antique royaume de VOudyâna ou jardin, situé près de Cachemire, n'a pas quelque affinité plus étroite encore avec l'Eden ^ ? Au x* chapitre de la Genèse , Havila est associé à Ophir (v. 29), qui désigne certainement le pays voisin des bouches de l'Indus , et aux pays de Cousch et de Saba (v. 7 ) ; ces deux derniers noms correspondentbien à l'expression grecque AidioTTsSf qui a été souvent appliquée à l'Inde, par suite de la tendance qui portait les anciens à supposer rapprochés les uns des autres les pays très-éloignés d'eux. Le Gihon est probablement rOxus , bien qu'on ne puisse chercher un argument pour celtq identification dans le nom de ^Jy^^ , que porte encore aujourd'hui cette rivière : ce nom, en effet, peut provenir de la tradition biblique elle-même, par l'intermédiaire des Juifs et des musulmans ^. Le pays de Cousch , que baigne le Gihon , est peut-être le séjour primitif de la race couschite *, dont le berceau nous apparaîtrait ainsi à côté de celui des deux autres; races. J'aime mieux pourtant y voir un mot de géographie naïve, employé pour désigner un pays oriental ou méridional et lointain ^ : tels étaient chez les anciens les mots à^Ethiopie,

' Lassen , Ind. Alterth. t. I, p. 5a8 et soiv. SSg. — D'Eckstein , loc. cit.

* D'Eckstein, Quesiiom relative* aux antiquités de» peuples sémitiques (Paris, i856),p. 33.

' Le nom de q^^^ ou (^v^^ , est devenu pour les Arabes une sorte de nom générique, qu'ils appliquent à tous les grands fleuves, le Gange, l'Araxe, etc. (Voy. Gesenius, Thés, au mot î'n^3. — Tuch, Kommentar ùber die Genests^

* D'EcLstein, Athenteum français , sa avril, 37 mai, 19 août i85A. ^ Bullmann , Mythologus , 1. 1, p. 96 etsuiv.

Scythie, etc. Le manque de cartes et de toute orientation rendait possibles les confusions les plus bizarres '. Quant aux deux fleuves qui, entre les mains du rédacteur de la Genèse, sont devenus le Tigre et l'Euphrate , l'un est peut-être le mystérieux Arvanda du Zend-Avesta, qui, de fuite en fuite, aune époque plus moderne, est devenu aussi le Tigre chez les Persans''.

Le nom de Nod est sans doute un mot sémitique significatif comme celui â'Eden, et auquel il ne faut pas attribuer de valeur géographique précise '. Quant à la ville de Hanok, aucune des conjectures proposées sur ce sujet n'offre un degré suffisant de probabilité pour être discutée.

Ainsi tout nous invite à placer l'Eden des Sémites dans les monts Belourtag, à l'endroit oij cette chaîne se réunit à l'Himalaya, vers le plateau de Pamir*. Si les découvertes des voyageurs contemporains ont prouvé que le climat et les productions de ce pays sont loin de répondre aux images qu'on se fait de l'Eden , il faut se rappeler que l'idée de délices attachée au séjour primitif peut très-bien être une conception a priori, amenée par le penchant naturel des peuples à placer l'âge d'or en arrière. Au même point^nous ramènent, selon E. Burnouf , les textes les plus anciens et les plus authentiques

* Voir, comme exemple de cette géographie vague , le voyage d'Io dans le Promet/ice d'Eschyle , v. 707 etsuiv. 790 et suiv,

* Burnouf, Comment, sur le Yaçna, addil. p. clxxxiii. Cf. Ctesiam, p. 3 4-3 5 (édit. Didot).

■'' Tuch, Kommentar ùber die Genesis, p. 1 1 1 et suiv. ^- Winer, Bibl. Realwurt. au mot Nod. — D'autres voient dans le pays de Nod les déserts de l'Asie centrale. (Bunsen, Outîines, t. Il, p. 13 1.)

* Lassen ,l.c. — D'Eckstein ,l.c. — Obry, op. cit. Il est remarquable que Josèphe et les premiers Pères furent conduits, par des raisons fort différentes des nôtres, à placer le paradis terrestre dans la même région. (Voy. une lettre de M. Le- Ironne, publiée par M. de Humboldt, Hist. de la géogr. du nouveau continent, t. III, p. 119.)

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