LIVRE V, CHAPITRE II. fi
du Zend-Avesta^ Les traditions indiennes rapportées dans le Mahahharata et les Pouranas convergent du même côté. Là est le vrai Mérou, le vrai Bordj et le vrai fleuve Arvanda , d'où tous les fleuves tirent leur source , selon la tradition persane. Là est, selon l'opinion de presque tous les peuples de l'Asie, le point central du monde , l'ombilic , le seuil de l'univers ^. Là est rOuttara-Kourou, le pays des bienheureux, dont parle Mégasthène^. Là est, enfin, le point d'attache commun de la géographie primitive des races sémitiques et indo-européennes*. Cette rencontre est un des résultats les plus frappants auxquels ait mené la critique moderne, et, ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'on y est arrivé de deux côtés à la fois : par les études ariennes et les études sémitiques, qui, d'ailleurs, ont si peu de contact et habituent l'esprit à des procédés si difl'érents.
Assurément il faudrait se garder d'attribuer à ces inductions une certitude qu'on obtient si rarement dans les questions d'origine. Pour ne mentionner qu'une seule objection, n'est-on pas en droit de craindre , en voyant l'étonnante conformité de
' Comment, tur le Yaçna, p. 389, addit. p. clxxxiv. — Spiegel, Avesta, 1. 1 p. 61 et suiv. — Haug, Bas ente Kap. des Vendtdad, dans Bunsen, /Efnfptens Stelle, \. V, p. 1 oli- 187. — Kiepert , dans les Monatsberichte de l'Acad. de Berlin déc. i856, p. 621-6A7. — M. Bréal {hum. astat. juin 1862) a montré qu'on s'était fort exagéré ia valeur historique de la géographie de l'Avesta. Mais son excellente critique n'atteint pas l'ordre général d'induction où l'on se tient ici.
* D'Eckstein, dans VAthetueum français, 27 mai i854, et dans le Correspondant, a5 juillet i854, p. 607; le même, Questions relatives aux antiq. des peup. sémit. (Paris, i856, extrait de la Rev. archéol.), et De quelques légendes brahmaniques qui se rapportent au berceau de V espèce humaine. (Paris, i856, extrait du Jo«m. asiat.)
' L'exactitude de Mégasthène, en ceci comme sur bien d'autres points, a été démontrée par les éludes modernes sur l'Inde. (Lassen, Zeitschriftjûr dieKunde des Morgenlandes , t. II, p. 6a.)
* Cf. Obry, op. cit.
la géographie mythologique du Boundéhesch ^ avec la Genèse, que la théorie des quatre fleuves n'ait été empruntée par les Juifs à la Perse? En combinant les données du Boundéhesch pehlvi avec celles des livres zends plus anciens % on arrive à une théorie primitive des eaux fort analogue à celle des Hébreux. L'Arg (l'Helmend?), le Veh (l'Oxus), l'Arvand (le laxarte) et le Frat sortent d'une même source ; ils coulent quelque temps en commun autour du monde, et se séparent ensuite pour arroser, sous des noms divers , les pays les plus éloignés. La même théorie et, à quelques égards, les mêmes noms se retrouvent dans la tradition brahmanique. Les cartes japonaises, faites sous l'influence des idées indiennes, présentent un système tout semblable^. L'opinion des exégètes qui, comme Gesenius, Lengerke, M. Munk*, considèrent le passage de la Genèse relatif aux fleuves du paradis comme purement mythique, se trouverait ainsi confirmée. Nous aurions dans ce curieux passage une traduction hébraïque de la vieille opinion indo -persane^ d'après laquelle tous les fleuves du monde sortent d'un même réservoir : l'Euphrate, le Tigre,
' Anquetil du Perron, Zendavesta, t. II, p. 890 et suiv. La traduction du Boundéhesch d' Anquetil, la seule qu'on puisse citer, est d'une exactitude suffisante pour les passages qui nous occupent.
* Burnouf, Comment, sur le Yaçna, p. 3^7 et suiv. addit p. cuzxi et suiv. — Anquetil, op. cit. t. II, p. 78.
' Stan. Julien, Me'm. sur les contrées occid. II, ad calcem.
* Gesenius, Thés. s. v. pIT'^. — Lengerke, Xenaan, p. 20 et suiv. — Munk, Palestine, p. 4 2 7 et suiv.
* On ne peut supposer que l'emprunt ait eu lieu , à l'inverse , des Persans aux Hébreux ; car cette fiction , si c'en est une , est bien plus dans le goût iranien que dans le goût sémitique. D'ailleurs , si le parsisme eût fait quelques emprunts aux livres des Hébreux, ce qui n'est pas prouvé, il serait surprenant que l'emprunt fût tombé sur une particularité aussi secondaire et qui tient une aussi faible place dans l'histoire biblique-