‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 258 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE IL A · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IL A

tact intellectuel des Hébreux avec les peuples ariens, et tranchent fortement avec la couleur des livres conçus sous l'influence persane depuis la captivité ^ M. Evvald et M. Lassen mettaient également au rang de souvenirs communs aux deux races la tradition du déluge. M. Lassen renonça depuis à ce sentiment^, en présence des savantes recherches par lesquelles M. Burnouf^ crut avoir démontré que l'idée du déluge est étrangère à l'Inde et s'est introduite dans ce pays à une époque relativement moderne, probablement par suite de rapports avec la Chaldée. M. Ewald a maintenu son opinion*, et les récents travaux de R. Roth^ A. Weber^ Fr. Windischmann'', A. Kuhn^, fondés sur l'étude des Védas, semblent lui avoir donné gain de cause. Mais il est possible que la croyance à une inondation historique tienne à des événements locaux et distincts, bien plutôt qu'à une tradition commune : en effet, ce ne sont pas seulement les Ariens et les Sémites, ce sont

' Avouons cependant que ia description du jardin d'Eden semble formée sur !e modèle des paradis persans , ayant au centre ie cyprès pyramidal. Conî. A. de Humboldt , Cosmos , II , p. 1 1 3 , et les noies , trad. Galusky. — Lajard , Mém. sur ie culte du cyprès pyramidal, dans les Mém. de VAcad. des inscr. nouvelie série, t. XX, II* pari. p. 129 et suiv. — Tuch, Kommentar vber die Genesis, p. 68. — Obry, OHVT. cité, p. i45 et suiv. — La tradition du cyprès de Kischmer {Sch{û^• nameh, édil. Mohl, IV, p. 363-365) est surtout digne d'attention. (Comparez la Vôluspâ , vers 8 , 43 et suiv. ) Ajoutons que les premiers chapitres de la Genèse sont tout à fait isolés dans la tradition israélite, et qu'il n'y est fait aucime allusion dans les autres li\Tes hébreux.

' Ind. Alt. I, Nachtraege, p. xciii.

» Bhâg. Pur. t. m, p. XXXI, li. — Conf. F. Nève, La tradition indienne du déluge dans sa forme la plus ancienne (Paris , 1 85 1).

♦ Gesch. des Volkes Israël, a* édit. I, 36i, et Jakrbûcher der biblischen Wissof schaft, IV (1859), p. 337.

* Mimchener gelehrte Anzeigen, iSSg, p. a6 etsniT. i85o, p. 7a.

• Indische Studien , i, I (i85o), p. 161 et smr.

' Drsagen der arischen Vcelher (Mûnchen, i853), p. 4 et suiv, « ZeiUckrift/ûr vergleichende Sprach/orschut^r ^ t. IV, p. 88 (i85ii).

presque tous les peuples qui placent en tête de leurs annales une lutte contre l'élément humide, représenté par un cataclysme principal^.

J'ai encore plus de peine à accepter le système de M. Ewald sur les âges mythiques et les nombres ronds qu'il prétend retrouver dans les premières pages de l'histoire hébraïque. Ce qui caractérise, au contraire, la cosmogonie des Sémites, c'est le tour historique qu'elle affecte, lors même qu'elle porte sur un terrain évidemment fabuleux, c'est l'absence de tout symbolisme emprunté aux formes animales et aux métaux, c'est une extrême sobriété dans l'emploi des jeux de nombres qui caractérisent toujours les créations mythologiques a 'priori. La réalité des combinaisons de ce genre que M. Ewald croit découvrir dans les premiers chapitres de la Genèse ^ est loin d'être démontrée. Les thèmes numériques ne pouvaient avoir de sens aux yeux des peuples primitifs que quand ils étaient nettement avoués, c'est-à-dire, quand le nombre était relevé avec intention dans le récit. Or cela n'a point lieu dans les Tliokdoth hébraïques : le narrateur ne fait jamais la supputation des listes qu'il donne, et il est permis de croire qu'il n'avait pas conscience des symétries qu'on lui prête. Ce n'est pas, à mon avis, dans des rapprochements aussi peu décisifs qu'on peut trouver la preuve d'une cohabitation primitive des deux races. L'unité de constitution psychologique de l'espèce humaine, au moins des grandes races civilisées, en vertu de laquelle les mêmes mythes ont dû apparaître parallèlement sur plusieurs points à la fois, suffirait, d'ailleurs, pour expliquer les analogies qui reposent sur quelque trait général de la con-

' Voir l'article Déluge de M. A. Maury, dans V Encyclopédie moderne de M. Léon Renier. — Welcker, Griechische Gœtterlehre, I, 770 etsuiv.

' Comparer les vues analogues de M. Lengerke, Kenaan, p. xix et suiv.

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