LIVRE V, CHAPITRE II
dition de l'humanité, ou sur quelques-uns de ses instincts les plus profonds.
Il est d'autres analogies d'un caractère plus précis, qu'on a cru observer entre le cycle des traditions sémitiques et des traditions ariennes; malheureusement aucune de ces analogies n'est de nature à satisfaire une critique exigeante. Le mythe des fleuves du paradis, dont il a été parlé précédemment, est sans doute le rapprochement le plus acceptable. La grande impression produite par les premiers travaux de métallurgie , impression qui se retrouve dans tant de mythes ariens, pourrait bien s'être également conservée dans la tradition de Tubalcaïn (Gcn. IV, 92). L'opinion de Buttmann, qui croyait reconnaître le nom de ce personnage dans celui de Vulcain^ (To-ohaxvos, comme To-épixns ^ Turms = Terminus; ou 'Eshtavésy formes étrUsques), ne peut plus être soutenue; mais je pense, avec le baron d'Eckstein^ que le nom du patriarche de la métallurgie cache un souvenir de l'antique corporation de Tubal (Tibarènes, Chalybes), analogue aux Telchines de la Grèce. Les Krubim, que Dieu, suivant le récit de la Genèse, fait habiter à l'orient du paradis, pour en garder l'entrée (^Gen. ni, 2/1), sont très-probablement les griffons {^krub=ypvTr) , gardiens des trésors et des monts aurifères dans tous les mythes ariens'. L*idée des Krubim n'est pas sémitique , et la racine de leur nom semble indo-européenne {grif, greifm, saisir). On pourrait supposer, il est vrai , que les Juifs n'ont connu cet être fabuleux que par
* Mythohgu», I, i64. Les autres rapprochements proposés par Battmann entre la mythologie gréco-latine et celle des Sémites , tels que loubal = kvéX- Xav, etc. sont plus inadmissibles encore. (Cf. Ewald, Jahrh. der hibl. Wiu. i85/i,
' Athenœum français , 19 août i85&,p. 775. — Conf. Tuch, Kommentar ûber <&« GenesM, p. 118-119.
' Tuch, tbid. p. 96-97. — Geseoios, Thés. s. h. T.
leurs rapports avec le haut Orient, et, s'il s'agissait uniquement des Krubim employés comme motifs d'ornementation dans l'architecture des Hébreux, la question devrait sans doute être ainsi résolue^; mais le»rôle de gardiens de la porte d'Eden est trop caractéristique et se rattache à de trop vieilles idées pour qu'une telle explication soit facilement admissible. Y aurait-il là quelque souvenir de l'empire fabuleux des griffons et des Arimaspes dans l'Altaï, ou des griffons qui gardent l'or de Kampila (Havila)^? La longévité des premiers patriarches semble même un écho de l'Outtara-Kourou ou pays des Bienheureux, situé au nord de Cachemire, et dont le mythe a beaucoup d'analogie avec celui des Hyperboréens chez les Grecs ^. Enfin, sous le nom de Japhet, j'ai toujours été tenté, je l'avoue, de voir, avec les anciens interprètes, le nom du titan IdneTos, autour duquel les Hellènes groupèrent tant de traditions ethnographiques*. Fils d'Uranus et de Gsea, Japetus s'unit à l'Océanide Asia; il a pour fils Atlas et Prométhée, pour petit-fds Deucalion, le père de toute l'humanité post-diluvienne. L'antiquité de ce mythe chez les Grecs ne peut guère être révoquée en doute depuis le travail de M. Vœlcker^. Toutefois, comme on
' Journal o/the R. Asiatic Society, vol. XVI, part, i (i854), p. 98 et suiv. C'est aussi ropinion de M. Layard. M. Ewald songe plutôt aux sphinx de l'Egypte. (Die Alterthùmer des Volkes Israël (2* édit.), p. 189.)
* Schauffelberger, Corpus Script, vet. qui de India scripsenint, fasc. 1, p. 11, ho. — A. deHumboldt, Cosmos, t. II, p. 170. — D'Eckstein, Athenœumfrançais , 19 août i85A, p. 777, 778, et De quelques légendes brahmaniques, p. i35 et suiv.
' Schauffelberger, op. cit. p. 28. — Lassen, Zeitschrift fur die K. des M. t. II, p. 66. — Humholdt, Cosmos, II, p. 5o4. — Schwanbeck, Comment, de Megasthene, p. 63.
* Knobel, Die Vœlkertafel der Genesis, p. 21-33. — Buttmann, Mythologut, 1 , 3 2 2 et suiv.
* Die Mythologie des Japetischen Geschlechtes , Giessen, 182 4.