‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 260 sur 281 · LIVRE V, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IL

ne trouve aucun vestige du nom de Japet chez les autres peuples ariens ^ on pourrait supposer que la présence de cette dénomination ethnographique chez les Hellènes et les Hébreux proviendrait d'un contact des Sémites et des peuples helléniques au sud du Caucase ou à l'est de l'Asie Mineure , région où se localisent précisément les mythes de Japet^.

On le voit , aucun de ces rapprochements , si l'on en excepte celui des fleuves du paradis , n'offre une base vraiment scientifique. Tous prêtent au doute par deux côtés : d'abord, l'identité n'est dans aucun cas évidente et incontestable ; en second lieu, on peut toujours se demander si cette identité ne provient pas d'un emprunt fait à une époque historique. Il est de la nature des mythes de s'échanger entre les races avec une grande facilité; en faudrait-il d'autre exemple que l'étrange substitution qui s'est faite depuis quelques siècles , dans l'Inde musulmane , des noms et des souvenirs bibliques aux noms et aux fables indigènes? Qui sait si, à une haute antiquité, il ne s'est pas passé quelque chose d'analogue dans l'Asie occidentale? La manière dont plusieurs conceptions babyloniennes et

' Les vnes de M. Fr. Windischmann sur Tidentification de Noé et de Japhet avec Nahutcha et Yayâti de la légende indienne sont bien hasardées. ( Ursagen der artschen Vœïker, p. 7-10.) Cf. A. Kuhn, ZeiUchriftfûr vergl. Sprachforschung , p. 89-90.

* Ewald, Gesch. des V. Isr. I, 33i, 1" édil. 874-875, a* édit. Les relations incontestables des mythes d'Iconium et d'Apamée-Kibotos avec Hénoch et Noé paraissent primitives à M. Ewald. {Tbid. p. 8i&,38i, 1" édit. 356, 876, a' édit. Jahrh. der hibl. Wiss. i854, p. 1 et 19. — Cf. C. Mùller, Fragm. hist. grœc. III , p. 5a4. ) Je n'y peux voir, pour ma part, qu'un effet du syncrétisme qui, dès une époque assez ancienne, s'efforça, en Syrie et en Asie Mineure, de fondre la mythologie hellénique avec les traditions des Sémites, méthode dont on trouve tant d'exemples dans Sanchoniathon , Moïse de Khorène, etc. Le mythe diluvien de Mabug ou Hiérapolis présente une combinaison analogue à celle des fables d'Iconium et d'Apamée.

persanes s'introduisirent chez les Hébreux , au vi' et au v* siècle avant l'ère chrétienne, porterait à le croire. Il est donc impossible d'arriver par la mythologie comparée à une entière certitude sur le point qui nous occupe , ou , pour mieux dire , il faut reconnaître que , pour les mythes comme pour la langue , un abîme sépare les deux races, et qu'on peut à peine saisir entre elles quelques liens isolés. Toutefois l'hypothèse à laquelle nous avons été amené par l'étude des langues s'applique d'une manière non moins satisfaisante à l'étude des mythes, qui sont aussi une sorte de langage primitif. La considération des mythologies n'aurait pas suffi, sans doute, pour mettre sur la voie d'une parenté primitive entre la race sémitique et la race indoeuropéenne; mais, cette parenté étant indiquée d'ailleurs, ia question des mythes s'en trouve fort éclaircie.

SVL

L'étude des caractères physiques et moraux des deux races fournit des preuves bien plus décisives en faveur de leur unité primitive. La race sémitique, en effet, et la race indo-européenne, examinées au point de vue de la physiologie, ne montrent aucune différence essentielle; elles possèdent en commun et à elles seules le souverain caractère de la beauté. Sans doute la race sémitique présente un type très-prononcé, qui fait que l'Arabe et le Juif sont partout reconnaissables^; mais ce caractère différentiel est beaucoup moins profond que celui qui sépare un Brahmane d'un Russe ou d'un Suédois : et pourtant les peuples brahmaniques , slaves et Scandinaves appartiennent certainement à la même race. Il n'y a donc au-

' Voy. Nottet Gliddon, Type» ofMankind, p. ta8 etsuiv. 4ii etsuiv.

Page 1