‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 27 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IL

sionomie isolée ; mais on ne voit pas bien clairement la raison qui a pu faire rattacher par l'ethnographe hébreu les Joktanides aux Térachites ( Ge/i. x, aB)^ Si l'on remarque d'ailleurs, 1° que la famille des langues sémitiques n'offre aucune de ces coupures profondes que présentent les langues indo-européennes et qui tracent dans le sein de ces dernières langues des classifications si marquées ; 2° que la plus profonde division qui s'observe dans la famille des langues sémitiques est celle qui sépare l'arabe de toutes les autres, l'arabe ayant des procédés propres dont on trouve à peine le germe en hébreu et en syriaque; 3° que l'arabe ressemble plus à l'araméen qu'à l'hébreu , on est tenté d'assigner la formule suivante à l'émigration sémitique : Aram, centre commun delà race, au nord; — la branche joktanide se porte la première vers le sud, et s'établit dans la partie méridionale de la péninsule arabe qui était déjà occupée par des Gouschites; — les Térachites, restés fidèles au monothéisme, se détachent plus tard d'Aram, et prennent en passant l'Euphrate le nom ^Hébreux {^oi tsspdrai). L'histoire détaillée que nous possédons des aventures des Beni-Israël , avant leur établissement définitif en Ghanaan , peut nous donner une idée de la vie intérieure d'une tribu sémitique durant cette période de migration; vie parfaitement identique , du reste , à celle des Arabes bédouins , si bien que rien n'est plus semblable au récit de l'époque patriarcale dans la Genèse que le tableau de la vie arabe anté-islamique. Le séjour des Israélites dans un canton de l'Egj'pte nous représente de même les rapports des Sémites avec les populations cou-

* M. Ewald (Gesch. des V. Itrael, I, 387) voit dans les Joktaaides un rameaa des Hébreux primitifs, c'est-à-dire de la branche sémitique qui passa l'Euphrate vers Harran. Il est vrai que le ghez se rapproche quelquefois de l'hébreo ; mais par l'ensemble de sa grammaire il se ratta.che plutôt à l'arabe.

schites et chamites , établies bien plus anciennement sur le sol. Les Israélites ne furent pas, du reste, la seule tribu sémitique qui traversa ainsi l'Egypte et les pays voisins. Les critiques les plus éminents^ ont vu dans les Hyksos (Arabes suivant Manéthon , Phéniciens selon Eusèbe et le Syncelle) un flot de nomades sémites, qui troubla pour un temps la civilisation égyptienne, et finit par céder à la résistance qu'une société organisée oppose toujours avec succès à la force indisciplinée. Les Phéniciens et les Philistins continuèrent longtemps cette vie de courses et d'aventures, et il n'est pas impossible que les Hyksos nous représentent une de leurs invasions dans le pays des Pharaons^. Le nom de Chetas, par lequel les inscriptions hiéroglyphiques désignent les Hyksos, serait dans cette hypothèse identique à □"'nn, ancien nom des Chananéens. La haine des Egyptiens contre la race blonde ou rousse {^vpp6$j ^, personnifiée en Typhon, s'adressait sans doute à ces hordes sémitiques : plusieurs noms de peuples sémitiques, en effet, paraissent tirés

* Movers , Die Phœnizter, 1. 1 , p. 3 a et suiv. — E wald , Gesch. des V. Isr. I, p. /i /( 5 et suiv. — Knobel , Die Vœlkertafel der Genesis , p. 2 o 8 et suiv. — Bunsen , /Egyptem Stelle, iiv. III, p. 3 et suiv. — Guigniaut, Religions de l'antiquité, t. III, 3* partie, p. 834-835. — Lengerke, ^enaan, p. 363 et suiv. — Bertheau, Zur Gesch. derisraeiiten, p. 229 et suiv. — Schwartze, Dos alte Mgypten, passim. — Humboldt, Cosmos, II, 253-254 (trad. Gaiusky). — A. Maury, Revue archéolog. VIII' année, p. 172. M. de Rougé et M. Brugsch croient avoir retrouvé un document égyptien sur papyrus relatif aux Hyksos phéniciens. [Zeitschrift der d. m. G. (i855), p. 200 et suiv.) Voir la série de recherches amenée par les découvertes de M. Mariette, dans la Revue archéologique, février-mars 1861, etc.

^ C'est bien à tort, toutefois, que MM. Bertheau, Knobel et les autres savants qui ont érigé en système les migrations des Sémites vers l'occident , ont pris comme des documents historiques les récits des Arabes sur les Amalécites ou Amaîika. Ces récits ne sont qu'une contrefaçon des traditions juives , et ce qu'ils semblent offrir d'original vient de rapprochements arbitraires, tels que ceux où la critique arabe se donne si souvent carrière. (Voir cependant Ewald , Gesch. des V. Isr. I, 339-34o, 3* édit. et Caussin de Perceval, Essai sur l'hist. des Ar. avant l'isl. t. I, p. 19.)

^ Plut. De Isid. et Osir. 22, 3o, 3i , 33. — Diod. Sic. I, 88.

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