LIVRE V, CHAPITRE II
cime raison pour établir, au point de vue de ia physiologie, entre les Sémites et les Indo- Européens, une distinction de l'ordre de celles qu'on établit entre les Caucasiens, les Mongols et les Nègres. Aussi les physiologistes n'ont-ils pas été amenés à reconnaître l'existence de la race sémitique , et Tontils confondue , sous le nom commun et d'ailleurs si défectueux de Caucasiens, avec la race indo-européenne. L'étude des langues, des littératures et des religions devait seule amener à reconnaître ici une distinction que l'étude du corps ne révélait pas*.
Sous le rapport des aptitudes intellectuelles et des instincts moraux, la diflférence des deux races est sans doute beaucoup plus tranchée que sous le rapport de la ressemblance physique. Cependant, même à cet égard, on ne peut s'empêcher de ranger les Sémites et les Ariens dans une même catégorie. Quand les peuples sémitiques sont arrivés à se constituer en société régulière, ils se sont rapprochés des peuples indoeuropéens. Tour à tour les Juifs, les Syriens, les Arabes sont entrés dans l'œuvre de la ciûlisation générale , et y ont joué leur rôle comme parties intégrantes de la grande race perfectible; ce qu'on ne peut dire ni de la race nègre, ni de la race tartare, ni même de la race chinoise, qui s'est créé une civilisation à part. Envisagés par le côté physique, les Sémites et les Ariens ne font qu'une seule race, la race blanche; envisagés par le côté intellectuel, ils ne font qu'une seule famille, la famille civilisée : de là l'échange d'idées qui 8*est opéré
* Voir les excellenles obserralions de M. Broca sur les rapports de la linguistique et de ranthropologie, dans les Bulletint de la Soc. d'Anthrop. de Pari», t. III, a* fascic. (1863). — M. ChaYée (oavr. dté) me paraît être tombé dans Texagération , en soutenant que deux langues radicalement diverses supposent nécessairement deux variétés primitiTes de rorganisatioa cérébrale propre à notre espèce.
entre eux, les Sémites ayant prêté aux Ariens des idées religieuses plus simples et plus élevées, les Ariens ayant donné aux Sémites les idées philosophiques et scientifiques qui leur manquaient. L'histoire morale et religieuse du monde n'est que le résultat de l'action combinée de ces races. On ne conçoit guère comment deux espèces tout à fait distinctes se montreraient aussi semblables dans leur constitution essentielle, et se seraient aussi facilement confondues en une seule et même destinée.
Ce sont là des considérations qui semblent devoir l'emporter sur celles de la philologie comparée. Quand il s'agit du fait primitif de l'apparition des races , les caractères physiques et moraux ont plus de valeur que les caractères linguistiques. Rien n'empêche que des peuples sortis d'un même berceau, mais séparés dès les premiers jours, ne parlent des langues de système différent, tandis qu'il est difficile d'admettre que des peuples offrant les mêmes caractères physiologiques et psychologiques ne soient pas .frère.s. Nous arrivons donc par toutes les voies à ce résultat probable, que les races sémitiques et ariennes ont cohabité à leur origine dans la région de l'Imaûs ; qu'elles se sont divisées de très-bonne heure, et avant que ni l'une ni l'autre n'eût trouvé la formule définitive de son langage et de sa pensée ; mais que , longtemps après cette séparation , elles eurent ensemble des rapports qu'on peut appeler étroits , du moins si l'on songe au profond isolement dans lequel elles vécurent par la suite. Plusieurs des traits communs que nous avons cherché à relever entre les deux races supposent, en effet, une conscience trop avancée pour qu'il soit permis de les croire antérieurs au développement complet du langage ^ L'humanité, comme l'individu, ne saurait sesouve-
* M. Kunik a très-bien aperçu la contradicliou où sont tombés à cet égard ceux